CAMPAGNE FRANCAISE 2007 CONTRE LES DISCRIMINATIONS
AU TRAVAIL
Le succès des deux précédentes campagnes de soutien à l'action
de l'OIT en 2005 et 2006 a conduit le BIT et le Ministère
du Travail, des Relations Sociales et de la Solidarité à pérenniser
cette initiative. Ainsi, le " relevé de conclusions " définissant
le cadre d'un partenariat renforcé entre la France et l'OIT
signé le 5 juin 2006, prévoit un soutien financier annuel
de ce département ministériel, aux actions de promotion de
l'activité de l'OIT en France.
C'est dans ce contexte, que le Ministère du Travail, des
Relations Sociales et de la Solidarité, s'associe à cette
troisième campagne " française " de soutien à l'action de
l'Organisation Internationale du Travail (OIT) qui porte cette
année sur les " Discriminations au travail ".
En effet, c'est ce thème qui a été retenu pour la campagne
2007, de manière à nous inscrire dans le cycle des rapports
annuels de l'OIT sur la situation dans le monde de chacun
des 4 volets des Droits fondamentaux : en 2006, la lutte contre
le travail des enfants ; en 2007, contre les discriminations
; en 2008, contre les atteintes à la liberté syndicale ; en
2009, contre le travail forcé.
Rappelons ici que la Commission Européenne a également retenu
2007, en concertation avec les pays membres, comme " l'Année
européenne de l'égalité des chances pour tous ", pour soutenir
la lutte contre toutes les formes de discrimination, qu'elles
soient liées à l'origine, aux croyances, au genre, à l'âge,
au handicap ou encore à l'orientation sexuelle de ceux qui
les subissent. En France c'est la Haute Autorité de Lutte
contre la Discrimination et pour l'Egalité (HALDE)
qui est chargée de sa mise en œuvre en France.
Cette troisième campagne se décline en trois étapes. Dès
aujourd'hui et jusqu'au 7 décembre 2007 une première campagne
d'affichage conduite dans le métro et RER parisien avec l'appui
de la la Ville
de Paris, de la RATP et de Métrobus qui sera accompagnée
d'une campagne de presse avec des partenaires sociaux et médias
nationaux. La deuxième phase consistera en une campagne d'affichage
qui se déroulera au début de l'année 2008, dans plusieurs
villes de province. Enfin, cette campagne se terminera en
mars 2008, par un colloque à Paris sur les discriminations
et leur prise en charge par les acteurs de la vie économique
et sociale.
Comme en 2005 et 2006, l'objectif de cette nouvelle campagne
est de permettre aux citoyens, de mieux s'informer sur les réalités,
les causes et les conséquences des discriminations dans le monde
du travail en France. Elle a surtout pour but d'appeler l'attention
des acteurs de la société et de l'entreprise pour combattre les
discriminations dans l'entreprise. Ce choix est d'ailleurs conforté
par le succès rencontré en France par la publication en mars de
cette année, du rapport de l'OIT sur " les discriminations à l'embauche
en France en raison des origines "
Il est aussi utile de rappeler l'engagement des 181 Etats
Membres de l'OIT à lutter contre les discriminations dans
le travail en raison de l'âge, du sexe, des origines, de la
religion conformément à la convention n°111 concernant la
discrimination en matière d'emploi et de profession adoptée
par l'OIT en 1958 et ratifiée par la France en 1981.
ETAT DES LIEUX
En dépit d'avancées majeures dans la lutte contre les discriminations
au travail, l'ampleur des inégalités en matière de revenus et
d'opportunités ainsi que l'importance et la persistance de la
discrimination au travail sont un sujet d'inquiétude croissante,
selon le nouveau rapport publié par le Bureau international du
Travail (BIT).
En effet, le deuxième rapport global sur la discrimination, établi
en vertu du suivi de la Déclaration de l'OIT relative aux principes
et droits fondamentaux au travail et intitulé:" L'égalité
au travail: relever les défis" dresse un tableau global de
la discrimination liée au travail, pointant progrès et échecs
dans la lutte contre la discrimination depuis ses formes les plus
traditionnelles - sexe, race ou religion - jusqu'à ses nouvelles
formes fondées sur l'âge, l'orientation sexuelle, la santé, la
séropositivité.
"A l'échelle mondiale, la lutte contre la discrimination
se caractérise par un mélange de progrès majeurs et de reculs",
indique le rapport, pointant les progrès effectués depuis
sa première édition publiée il y a quatre ans (cf. L'heure
de l'égalité au travail, BIT, 2003) et notant que la plupart
des 181 pays membres de l'OIT ont ratifié ses deux conventions
fondamentales sur la discrimination et se sont, de ce fait,
engagés à créer des lois et des politiques antidiscrimination.
L'un des thèmes majeurs du rapport est la persistance des
écarts hommes-femmes au regard de l'emploi et des salaires,
et la nécessité de politiques qui intègrent à la fois des
mesures contre la discrimination sexuelle en matière de rémunération
et contre la ségrégation sexuelle en entreprise, tout en réconciliant
travail et responsabilités familiales. A titre d'exemple,
le rapport établit que, dans l'Union européenne, l'écart entre
les gains horaires bruts moyens des hommes et ceux des femmes
demeure élevé de l'ordre de 15%.
Le taux d'activité des femmes a continué de croître d'une façon
significative, pour se situer actuellement à 56,6 pour cent, de
sorte que l'écart avec les hommes s'est réduit. Cependant, le
rapport souligne que les progrès sont inégaux selon les régions:
on trouve le taux d'activité des femmes le plus élevé en Amérique
du Nord à 71,1 pour cent, taux qui passe à 62 pour cent dans l'Union
européenne, à 61,2 pour cent en Asie de l'Est et Pacifique, et
atteint 32 pour cent au Moyen-Orient et Afrique du Nord.
La proportion de femmes occupant des postes de responsables politiques,
de hauts fonctionnaires ou de cadres supérieurs est considérée
comme une indication de la qualité des emplois auxquels les femmes
ont accès et des progrès réalisés pour réduire les barrières discriminatoires.
Les femmes n'occupent encore qu'une minorité de ces postes dans
le monde (28,3 pour cent). Là encore, le pourcentage des postes
dits "à haute responsabilité" occupés par des femmes a augmenté
de façon inégale selon les régions: il s'élève à 41,2 pour cent
en Amérique du Nord, 35 pour cent en Amérique latine et les Caraïbes,
30,6 pour cent dans l'Union européenne. C'est en Asie du Sud qu'il
a le plus augmenté où il a presque doublé en neuf ans, mais c'est
aussi dans cette région qu'il y a le moins de femmes à occuper
des emplois de ce type.
Notant les efforts significatifs réalisés par les Etats Membres
de l'OIT pour juguler la discrimination au travail le rapport
reconnaît: "Aujourd'hui, la discrimination dans l'emploi et la
profession est presque universellement condamnée, et quasiment
tous les pays se sont engagés à y remédier". Néanmoins, le rapport
souligne que l'urgence à lutter contre la discrimination au travail
est plus grande encore qu'il y a quatre ans "dans un monde où
montent les inégalités, l'insécurité et les incertitudes", ajoutant
que "des inégalités importantes et persistantes en matière de
revenus, d'avoirs et de possibilités affaiblissent l'efficacité
de toute action visant à combattre la discrimination. Cela peut
engendrer une instabilité politique et des bouleversements sociaux
qui nuisent à l'investissement et à la croissance économique".
PROGRES ET REVERS
Sur les plans juridique et institutionnel, beaucoup de pays
ont enregistré des résultats notables. Plusieurs ont récemment
révisé leurs codes du travail pour y inclure des dispositions
contre la discrimination et en faveur de l'égalité. Le rapport
évoque des initiatives nouvelles telles que Le Recueil de
directives pratiques du BIT sur le VIH/SIDA et le monde du
travail, qui a révolutionné la réponse des secteurs privé
et public face au Sida sur le lieu de travail.
En dépit de ces évolutions encourageantes, "beaucoup de problèmes
demeurent", dit le rapport. L'application de la loi demeure insuffisante,
et les organismes créés ad hoc pour lutter contre la discrimination
manquent souvent de ressources. Tandis que les mesures de lutte
contre la discrimination se développent dans l'économie formelle,
les politiques publiques doivent aussi cibler l'économie informelle,
de plus en plus importante, pour faire tomber les barrières qui
empêchent des centaines de millions de personnes de bénéficier
de l'égalité des chances au travail, selon le rapport.
Le rapport fournit de multiples exemples de discriminations fondées
sur la race, la religion, l'origine sociale, la caste, l'appartenance
à un peuple indigène ainsi qu'à l'encontre des travailleurs migrants.
Et il attire l'attention sur les conséquences de la discrimination
à l'encontre des travailleurs jeunes et âgés, ainsi que sur les
inégalités basées sur l'orientation sexuelle, la séropositivité,
ou le handicap.
Avec environ 470 millions de personnes handicapées en âge de
travailler, la discrimination à l'encontre des personnes ayant
un handicap est une préoccupation croissante. Le rapport établit
que la probabilité qu'une personne handicapée trouve un emploi
est inversement proportionnelle à son niveau de handicap. En Europe,
une personne âgée de 16 à 64 ans a 66 pour cent de chances de
trouver un emploi; ce taux tombe à 47 pour cent pour une personne
modérément handicapée et à 25 pour cent pour une personne gravement
handicapée.
Ces obstacles à l'égalité peuvent empêcher des sociétés de réaliser
le plein potentiel de l'économie mondialisée d'aujourd'hui. Promouvoir
l'égalité des chances et le travail décent pour tous, femmes et
hommes, sans distinction de race, de religion, de handicap, d'âge
ou d'orientation sexuelle est un moyen d'avancer dans cette direction,
dit le rapport.
Le rapport relève également l'émergence récente de pratiques
qui pénalisent "les personnes génétiquement prédisposées à
développer certaines maladies ou qui ont des modes de vie
considérés comme malsains". L'évolution rapide de la génétique
et des nouvelles technologies connexes a facilité l'obtention
d'informations sur le statut génétique. Les tests génétiques
ont des conséquences importantes pour le lieu de travail,
car, par exemple, les employeurs pourraient avoir un intérêt
à exclure ou à licencier les travailleurs qui ont une prédisposition
à contracter telle ou telle maladie. La discrimination génétique
sur le lieu de travail a été prouvée et contestée avec succès
devant plusieurs tribunaux dans le monde entier.
Le rapport global recommande une série d'étapes pour combattre
la discrimination et pour réaliser le plan d'action proposé par
l'OIT. Celles-ci impliquent notamment de promouvoir l'égalité
hommes-femmes à travers une action globale plus intégrée et mieux
coordonnée; intégrer la non-discrimination et l'égalité dans les
programmes par pays de promotion du travail décent en tenant compte
des besoins spécifiques des différents groupes; améliorer les
législations et leur application; améliorer l'efficacité des initiatives
d'ordre non réglementaires telles que la passation des marchés
publics, les politiques de prêt et d'investissement; et aider
travailleurs et employeurs à faire de l'égalité une réalité sur
le lieu de travail au moyen d'accords de négociation collective
et de codes de conduite.
Lors du lancement de ce rapport le 10 mai 2007, le Directeur
Général du BIT a déclaré " Dans ce rapport, il s'agit de
"Relever les défis", c'est-à-dire, en substance de répondre
à une demande qui est exprimée partout dans le monde ".
Il a également ajouté " relever les défis de la discrimination,
c'est donner du pouvoir aux individus, renforcer l'économie
et enrichir la société dans son ensemble ". Cette campagne
d'affichage qui sera donc suivie d'un colloque l'année prochaine
s'inscrit justement dans cette perspective d'aider les citoyens
français à prendre conscience que les discriminations directes
et indirectes, quel que soit le critère sur lequel elles sont
fondées, constituent, indépendamment des dommages subis par
les victimes, un frein majeur au développement économique
et social d'une société.
Cette campagne est surtout destinée aux entreprises qui,
comme l'a dit M. Louis Schweitzer, Président de la
HALDE, lors de la présentation de l'étude annuelle sur les
pratiques des entreprises, même si " elles ont passé un cap
important : de la déclaration d'intention elles sont passées
à l'action " les discriminations dans le monde du travail
sont encore nombreuses et il convient d'aider les employeurs
à " relever le défi " pour y mettre fin.