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Du "Bureau de Paris"au "Bureau de l'OIT en France"

quelques souvenirs 1998-2006: Partie 2

par Jean-Daniel LEROY Ancien Directeur du Bureau de l'OIT en France

Enfin, un accord de coopération entre la France et l’OIT ! Auprès des Ministres du Travail ou dans leur Administration, j’avais eu à connaître les sollicitations désordonnées, partielles et concurrentes des différents services du Bureau International du Travail (BIT) qui rivalisaient auprès des donateurs pour faire financer, sans grand succès, leur programme de coopération technique.

Aussi, j’étais en 1998 (et je demeure) convaincu que l’obtention et, a fortiori, l’augmentation des contributions volontaires de la France à l’OIT passaient par deux préalables absolus : D’une part, s’assurer de la capacité des services du BIT de faire une offre globale, hiérarchisant les priorités et les programmes, ouvrant un cadre de négociation reconnaissant au Ministère du Travail, avec le Ministère des Affaires étrangères, un rôle primordial mais non pas exclusif de la part que pourrait prendre tel ou tel autre département ministériel. D’autre part, dans le choix des programmes, pouvoir faire apparaître une plus-value de l’apport de l’OIT au regard des nombreuses et importantes actions bilatérales ou européennes de la coopération française et, ce faisant, donner des arguments à notre partenaire pour qu’il surmonte son hostilité, de principe, aux financements volontaires.

Ces préalables étant satisfaits, on pouvait ambitionner agir dans un cadre physico financier pluriannuel. Certes, il ne dérogerait pas aux incertitudes de l’annualité budgétaire du partenaire français, mais il lui offrirait visibilité politique, pertinence technique et rigueur financière. Pour l’OIT, il assurait des perspectives sur le moyen terme, voire l’amorce de développements ultérieurs.

L’expérience et l’autorité de François Trémeaud à la direction de la Coopération technique assurèrent le succès du côté de l’offre. Restait à convaincre nos partenaires.

C’est la visite de Jo Walgrave, responsable du Programme de Promotion du Dialogue social en Afrique (PRODIAF), que j’accompagne, le 15 octobre, dans le bureau du Ministre de la Coopération, qui « débutera » l’affaire. Apprenant qu’il n’y a pas d’accord de coopération entre la France et l’OIT, il se dit étonné… De retour au Bureau, le courant étant passé avec son conseiller technique avec lequel j’avais préparé l’entretien et qui y assistait, je lui propose d’ouvrir au Ministre les colonnes du « 4 pages » que le Bureau s’efforce d’émettre, tous les deux mois, principalement auprès des mandants. Il accepte et me demande les 3 ou 4 questions auxquelles le Ministre devrait répondre. Je les lui adresse ; parmi elles : Pourquoi n’y a-t-il pas d’accord de coopération entre la France et l’OIT ? Le temps passe et l’ultime échéance du « bon à tirer » approche ; mon correspondant me dit être débordé…Je lui propose de lui soumettre des « projets » de réponses à mes questions… Il accepte... Au culot, je fais dire au Ministre qu’il « demande à son administration de négocier un accord de coopération avec l’OIT d’ici à la fin de l’année »… Le Ministre ne fait aucune correction. J’imprime et je diffuse le 15 novembre… ; coup de téléphone de Martine Aubry ; elle est furieuse… je lui rappelle que, depuis ma nomination, je fais, vainement, le siège de son cabinet sur ce sujet… La discussion s’engage… L’intelligence et le talent de Jacques Maire à la tête de la Délégation aux affaires européennes et internationales (DAEI) facilitent grandement les choses.

Le 19 juin 1999, à Paris, le Directeur Général (DG) Juan Somavia signe le premier accord de coopération entre la France et l’OIT avec le Ministre de la Coopération et le Ministre du Travail. A cette occasion, j’organise un entretien avec le Président de la République, Jacques Chirac ; au fil de cette mandature, le DG rencontrera six fois le Président, à l’Elysée et, la dernière fois, sera élevé à la dignité de Grand officier de la Légion d’honneur. Ce premier accord triennal fait plus que doubler la somme des financements, dispersés, naguère consentis à l’OIT et leur assure une pérennité de moyen terme. Sur la période 1999-2001, il mobilise plus de 3 millions d’euros par an auxquels s’ajoutent des mises à disposition d’experts. Il est structuré sur 4 axes : la promotion de la « Déclaration » et des engagements de Copenhague, le Programme IPEC, (Programme international pour l’élimination du travail des enfants) le développement du Dialogue social et de ses acteurs, notamment en Afrique, le renforcement de la protection sociale dans les pays candidats à l’adhésion à l’Union européenne.

Le deuxième accord triennal 2002-2004 sera cosigné par Juan Somavia, à Paris, le 21 novembre 2001 avec, pour les médias français, la parfaite pondération de la « majorité plurielle » : Elisabeth Guigou, nouveau Ministre du Travail et Charles Josselin, toujours Ministre de la Coopération pour le Parti socialiste, Jean Claude Gayssot, Ministre de l’Equipement (et de la Mer) pour le Parti communiste et Guy Hascoet, Secrétaire d’Etat à l’Economie solidaire pour Les Verts. Pour nous, plus prosaïquement, cet accord élargit le champ technique de notre coopération et double encore les engagements volontaires de la France qui, de 20ème avant 1999, passe au 6ème rang de nos donateurs. Parmi les Organisations spécialisées du Système, l’OIT devient le plus important bénéficiaire des financements volontaires de la France.

Le troisième accord, lui quadriennal, 2006-2009, signé pendant la Conférence de juin 2006, nous lie avec les mêmes départements ministériels : Travail, Economie sociale, Affaires étrangères/Coopération, Mer. Je garde le regret de n’avoir pas pu y associer l’Intérieur sur les questions migratoires et l’Agriculture sur la promotion de l’emploi décent dans ce secteur, essentiel pour la lutte contre la pauvreté. Toutefois, le nouvel accord conforte les engagements antérieurs, y ajoute l’emploi, augmente encore les moyens du « Bureau de Paris » au service de l’OIT et, après l’extension à 2005 des dispositions de l’accord de novembre 2001, il les adapte opportunément au cadre budgétaire biennal de l’OIT.

Première subvention ministérielle au Bureau et notre translation de l’Unesco à la rue de Sèvres.

On sait que chacun des Bureaux créés ou recréés en 1920 après ceux de Paris (février), Washington (mai) et Londres (juillet) comme celui de Rome (février 1947), de Bonn (janvier 1953), de Tokyo (janvier 1953), de New York (novembre 1946), de Bruxelles (octobre 1973), de Madrid (janvier 1986) ou, tout récemment, de Lisbonne (mai 2003) reçoivent un concours du pays hôte, soit de locaux, soit de personnels, soit des deux. Seuls des bureaux d’Europe, celui de Paris et celui de Londres ne bénéficiaient encore en 1998 d’aucun soutien « national ». Régulièrement, cette singularité était dénoncée au Conseil d’administration notamment par le Canada (où un Bureau, ouvert en mars 1949 fut fermé en mars 1995) et par les pays scandinaves ; il servait d’argument pour plaider la suppression des bureaux dans les pays d’Europe occidentale. Jadis, auprès des Ministres du Travail français, j’avais reçu le Directeur du « Bureau de Paris » sur ce sujet et, dans le Bureau du Ministre, jusqu’au Directeur d’Europe ( Bureau Régional pour l’Europe et l’Asie Centrale) nouvellement nommé, Heribert Scharrenbroich. La sollicitation avait été la même ; la réponse, négative, aussi.

A présent, il me fallait « passer de l’autre côté de la table ». Il y avait urgence car, à peine étais-je installé rue Miollis que le Directeur des Bâtiments de l’UNESCO me demandait d’envisager de quitter les lieux, si possible avant le 31 décembre 2002, terme de notre bail (le retour des Etats Unis s’annonçait…).

Un contentieux interministériel franco-français allait m’offrir la clé de notre subvention, de notre réinstallation et de l’amélioration de nos conditions de fonctionnement. Depuis quelques années, le « Comité de décentralisations » veillait à « exiler » les Administrations centrales en province. Le Ministère du Travail avait contrevenu à ses ukases. Il en résultait que toutes les opérations immobilières de ce ministère étaient bloquées tant qu’il ne se serait pas défait de certaines implantations parisiennes. Parmi elles, 150m2, rue de Grenelle, proches de l’Hôtel du Ministre, près de l’Esplanade des Invalides. Je me dis intéressé ; le Ministre et ses services y voient l’occasion, grâce à la dévolution à l’OIT, « d’enterrer la hache de guerre » avec les décentralisateurs. Le principe d’une aide du Ministère étant ainsi acquis, la négociation peut s’ouvrir. Partant d’un local, concédé, dont le loyer serait pris en charge, mais trop petit, passant par d’autres propositions de locaux, mais inacceptables car dans des immeubles « ministériels » et sous leur drapeau, on aboutit, enfin, après plus de deux ans de discussions et grâce à l’amitié du Ministre et de ses collaborateurs, à la solution idéale : une subvention d’investissement et de fonctionnement. Son montant sera celui du loyer de la « rue de Grenelle ».

Au fil de cette démarche, la confiance, la patience, les encouragements et l’aide du Siège, d’Heribert, de François, d’Antonio Busca et de Greg Johnson seront plus que précieux. Cette subvention annuelle, pérenne à compter du 1er janvier 2002, sera inscrite dans l’accord de coopération de novembre 2001. Cinq ans plus tard, les parties à l’accord de 2006, dans le « contexte général » de leur coopération souligneront « l’importance du rôle du Bureau de l’OIT en France, tant dans le cadre du partenariat entre la France et l’OIT que pour son activité de relation publique, d’information et de conseil. »

L’une et l’autre sont, en vrai, à mettre au crédit, d’abord, de la subvention et de la chance. Dès lors, la recherche d’une implantation idéale s’intensifie d’autant que l’UNESCO, le 1er octobre, nous a formellement donné congé au 31 décembre 2002. Deux mois avant l’échéance fatidique, la vigilance de mon collègue et ami, Adrien David, repère un calicot sur le « 98, rue de Sèvres ». Mieux que celle du Baron Haussmann, l’allure « Modern Style » de ce nouveau « pignon » me séduit. Non plus, orgueilleusement planté entre les boulevards Saint Germain (le Faubourg) et Raspail (le Docteur, Député radical, inspirateur du Ministère du Travail) mais articulant, fonctionnellement, les voies des Maréchaux Bertrand (Grand Maréchal du Palais, fidèle à Napoléon dans ses deux exils insulaires et jusqu’à la coupole de Saint Louis des Invalides) et celle de Saxe (Maréchal Général, le vainqueur de Fontenoy), son « look » me sembla, immédiatement, mieux correspondre à l’image propre de l’OIT. Entre Noël et le Jour de l’an, nous déménageons ; nos amis d’INTER (Bureau de l’administration intérieure) et d’ITCOM, (Bureau de la technologie de l’information et de la communication ) et particulièrement l’irremplaçable Charles Arditti, nous entourent de leurs conseils, de leurs expertises et de leurs bons soins, chacun, au Siège, appréciant que le coût du déménagement et de la mise à niveau de nos équipements (mobilier, informatique, téléphonie) soient entièrement pris en charge par les subventions de 2002 et de 2003.

A partir de 2004 et progressivement jusqu’à 2005, la subvention contribuera moins aux dépenses d’investissement et plus à celles de fonctionnement jusqu’à assumer 60% de celles liées au loyer, 40% de celles liées aux équipements et 95% de celles liées aux relations publiques.

Les 19 et 20 mai 2003, c’est dans nos nouveaux locaux que les Directeurs des bureaux européens tiennent, pour la première fois hors du Siège, leur réunion annuelle de printemps autour de Friedrich Buttler, notre nouveau Directeur régional. On dit que la création du Bureau de Lisbonne et la réinstallation du Bureau de Bonn à Berlin bénéficieront du précédent de la subvention française. Il n’inspirera malheureusement pas les autorités du Royaume Uni...

Les gars de La Marine.

Fin janvier 2001 se tient, à Annecy, une Conférence France-BIT dont le modèle sera institutionnalisé dans l’accord du 21 novembre 2001 puis dans celui de juin 2006 sous l’intitulé : « Entretiens France-OIT ». Du coté du BIT, Peter Auer, Gerry Rodgers et Jean-Claude Javillier en seront, tous les deux ans, les principaux artisans. Après les nécessaires recentrages vers les pays en voie de développement (PVD), des années 60, l’Organisation, mondialisation oblige, s’intéressait, à nouveau, aussi, aux pays développés/principaux contributeurs et donateurs. Les Entretiens France-OIT en furent une des expressions.

A l’issue de la première journée, Jacques Maire et moi sommes au bar de l’Hôtel Impérial qui accueille nos travaux. Le savoyard que je suis et le breton qu’il est, l’un et l’autre convaincus des vertus réformatrices du dialogue social s’il part des acteurs sociaux eux-mêmes, commentons la décision, unanime, de la vénérable (elle fêtait alors son 80ème anniversaire) Commission paritaire maritime du BIT qui, quelques jours auparavant, avait recommandé « l’élaboration d’un instrument international unique et cohérent sur le travail maritime qui intégrerait le plus largement possible, dans leur substance, les normes internationales existantes suffisamment à jour sur le sujet ».

Dans cette atmosphère enfumée de l’Impérial et du climat français de la fixation laborieuse du temps de travail à 35 heures, nous savions que la France et l’OIT, au travers du Comité Ventejol, puis Cartier, avaient déjà opéré la décantation tripartite des conventions et, notamment, des nombreuses conventions maritimes. Il y avait une partie à jouer pour la relation entre l’OIT et la France. Forte de l’appel paritaire, l’OIT allait appeler les gouvernements à leurs responsabilités normatives, auxquelles elles ne pouvaient échapper et, plus problématique, à contribuer « volontairement » au financement du fonctionnement du « Groupe de travail ». En janvier 2001, aucun gouvernement n’avait, évidemment, répondu à l’invite ; seule la Fédération Internationale des ouvriers du Transport (ITF) avait proposé un concours.

Sur ce dernier point, nous convenons de saisir, chacun de notre côté, avec nos moyens et nos arguments, le Ministre français « de la Mer », Ministre de l’Equipement. Pour ma part, de retour à Paris, je développe quatre arguments devant le Ministre: d’abord, le Cardinal de Richelieu, glorieux Maître de la Mer au XVIIème ; ensuite, trois siècles plus tard, le triste 25ème rang de la France au palmarès des tonnages sous son pavillon ; ensuite, l’opportunité d’être le premier pays (et, peut être de rester le seul) à soutenir ce dossier ; enfin, au contraire des « 35 heures » de son collègue Ministre du Travail, l’occasion pour le Ministre de la Mer, de contribuer, avec l’OIT, à un dialogue social « dans le bon sens ».

Des quatre, j’ai eu l’impression que les deux derniers furent déterminants. Quelques mois plus tard, le Ministre promettait son concours pour 2002 et nous pouvions l’inscrire dans l’accord de novembre 2001.

L’équipe qui se constitua alors, soit du côté de l’Administration française tant au Travail qu’à la Mer, soit du côté du BIT, avec, au Siège, sous l’impulsion personnelle du DG et la direction de Sally Paxton, l’ardente Cleopatra Doumbia-Henry avec Jean-Yves Legouas et Dani Appave et au Bureau « de Paris », Jean Marc Schindler, Président du Groupe et Xavier Marrill, son « assistant », mis à disposition du Bureau par le Ministère de la Mer, « tourna » sans un raté, pendant les cinq ans de l’élaboration de la Convention. Et chaque année, le concours financier et en personnel du Ministère de la Mer fut reconduit.

Pour rendre hommage à l’engagement français, un an plus tard, le Siège, sensibilisé par la Délégation française, m’autorisa à organiser, à Nantes, du 19 au 23 janvier 2004, la 4ème Réunion du Groupe tripartite de haut niveau. Pour ce faire, plus de la moitié des financements fut obtenue des Collectivités locales, Ville, Communauté urbaine et Région.

Trois souvenirs me reviennent de cette « Equipée » :

Le premier, le vendredi 16, peu avant la fermeture de l’agence nantaise de notre banque « Société générale », nous allons retirer les fonds qui nous permettrons, dès dimanche, de rembourser les titres de transports et de faire l’avance des indemnités de séjour des 300 participants. La somme, en billets, est volumineuse. Dans la salle des coffres, avec Michèle Person, précieuse administrateur du Bureau, seule survivante de l’équipe de 1998, nous enfournons les billets dans nos poches et sous nos vêtements plutôt que de risquer de nous faire arracher notre trésor. Par une porte discrète, nous rejoignons notre voiture, hilares et dodelinant comme deux bibendums ; nous serons soulagés en atteignant le coffre de la Cité des Congrès.

Le deuxième, le dimanche 18, vers 20 heures, Charles Arditti et son compère Stéphane Hagopian, arrivés, eux aussi, vendredi, ont fini d’installer tout l’appareillage informatique, cannibalisé de la rue de Sèvres et de la route des Morillons, et qui, comme je m’y suis engagé, va permettre à nos collègues du Siège et aux participants de trouver, à Nantes, les mêmes conditions de travail qu’au Siège et de pouvoir se connecter avec les services et les données concernés demeurés à Genève. De l’hôtel mitoyen, nous entendons la Cité résonner des préparatifs de l’orchestre qui va accompagner la clôture d’un congrès professionnel qui nous précède dans les lieux. Depuis presque une année que je négocie avec les dirigeants de la Cité, je fais confiance à leur professionnalisme (impressionnant) et je ne doute pas qu’à 7 heures, demain matin, il ne restera pas trace du dîner de 300 couverts qui se prépare, ni de la soirée dansante et de la fête qui suivront (les bretons ne boivent pas que de l’eau…). L’imprévisible sera que les potentiomètres de la sonorisation de l’orchestre solliciteront tant l’installation de la Cité qu’ils feront « sauter » notre équipement informatique…Le lendemain, Charles et Stéphane auront tout remis en ordre pendant la nuit…en « passant » par Manille ou par Tokyo…. pour récupérer les données… Je ne suis pas sûr, encore aujourd’hui, d’avoir compris comment…

Et je ne dirai rien de la Nuit des tastevins du Muscadet, dans le château du Marquis de Goulaine où, la chance (et le rappel de mon stage de l’ENA, en 1970, dans ses vignobles) a permis de réunir, dans l’improvisation, « nos » armateurs, « nos » gens de mer avec les dirigeants des grands ports, en réunion mondiale à l’invitation, fortuite, du Port de Saint Nazaire. Le Muscadet et le Gros Plant mis en perce pour le coeur de la marine marchande du monde, réunie sur les bords de la Loire !

Communiqué, communiqué !

Depuis la Réunion régionale européenne de Genève de décembre 2000, les bureaux situés dans certains pays développés et donateurs d’Europe, comme celui « de l’OIT en France » (selon la dénomination actée à cette occasion, et le parti, pour répondre aux exigences de la communication, de privilégier l’usage de l’acronyme OIT sur celui de BIT) bénéficient (enfin) d’une définition formelle de leur mandat ; elle a été confirmée à la dernière Réunion régionale européenne de Budapest de février 2005.

Il s’agit pour eux de développer la communication et la visibilité de l’Organisation, d’assumer sa représentation et d’établir des partenariats, et, enfin, de renforcer le soutien des donateurs à la coopération technique. Pour avoir été, naguère, Directeur de la Communication de la Région Ile de France, elle aussi, bien que Capitale, en déficit de visibilité, j’étais conscient tant de la nécessité que de la difficulté de la tâche.

Longtemps collaborateur du mandant gouvernemental français au Conseil d’administration du BIT, je n’étais pas mal placé pour me sentir, si ce n’est responsable, du moins coupable de ce déficit de communication. Il semblait bien, en effet, que les mandants des pays fondateurs/donateurs/développés, ceux de France en tout cas, s’étaient, depuis longtemps, résignés à ne « communiquer » (en bien ou en mal) de l’OIT, qu’entre eux-mêmes (et encore). Ils se consolaient de l’absence de « visibilité » de l’Organisation (et, pour certains, d’eux-mêmes, en tant que mandants) en déplorant que « le Bureau de Paris» (ils se gardaient d’impliquer le Siège) ne remplisse leur propre devoir (j’allais dire : leur mission) à leur place. Quant au Siège, depuis les années 60, sa communication avait été quasi exclusivement orientée vers les PVD et à l’appui des programmes de coopération plutôt que vers les pays/contributeurs/donateurs aux fins de mobiliser leurs soutiens.

Les instructions de décembre 2000 marquaient une nette rupture. Le Directeur Général et Zohreh Tabatabaï, Directrice du Département de la Communication et de l’information publique (DCOMM), l’incarnaient. Le réseau d’Europe, depuis le Directeur régional et son équipe jusqu’aux Directeurs des bureaux (je songe particulièrement à Peter Brannen à Londres avec lequel la coopération avait été féconde pour préparer la réunion de décembre 2000) en étaient plus que convaincus, ardents partisans.

Quand l’Histoire, à cette fin du XXème siècle, rendait justice à la vision réformiste et globale, tant économique que sociale, de l’OIT, il était temps de traduire cette dynamique en termes d’action (comme l’a démontré la « Déclaration ») mais aussi d’image et de communication. J’ajoute que dans un espace de marché concurrentiel, il y allait, aux yeux de certains, de la survie même de l’Organisation.

Pour franchir, dans la mesure de son énergie, cette nouvelle étape de la contribution de notre Bureau, la chance m’assura, d’abord, le concours d’Adrien David, que je pus débaucher du Ministère du Travail et recruter sur le poste libéré par Josette Gervais, en juillet 2001. Moins d’un an plus tard, nous mettions en ligne notre site Internet. De juin 2002 à la fin de la mandature, en deux mises à jour annuelles, le Bureau avec l’aide de Genève, de Dalibor Rodinis et Harvey Addo-Yobo, de l’action du Bureau en France.

La même chance me fit retrouver mon ancienne collaboratrice des années 70, Anne Guesdon, en marge du Congrès de la CFDT, à Nantes, le 22 mars 2002. Nicole Notat quittait alors le Secrétariat général et Anne, qui avait été, pendant 8 ans, son attachée de presse s’interrogeait sur son avenir. Je lui proposai de nous rejoindre et d’intervenir auprès du Ministre pour qu’elle soit mise à disposition du Bureau comme elle l’avait été au profit de la CFDT. En septembre suivant, Anne intégrait l’équipe de la rue de Sèvres.

Notre ambition de lancer, pour la première fois, une campagne grand public de soutien à l’action de l’OIT avec des moyens et un message qui nous soit propre allait, désormais, à défaut de financement suffisant, demander quelque temps… La première étape fut d’obtenir un minimum de concours financier du Ministère du Travail. IPEC étant notre « produit d’appel » le plus connu, c’est avec Alice Ouedraogo et Pierre Hebrard que s’initia notre « quête ». Certes, « Carton rouge », appuyé sur la FIFA avait déjà fait connaître IPEC et l’OIT. Mais on voulut bien admettre que si, dans les PVD ou en transition, ce message à l’opinion publique confortait la lutte de leurs propres mandants, dans les pays fondateurs/développés/contributeurs/donateurs, en France, en tout cas, il risquait soit de nourrir des stigmatisations sommaires, soit d’être détourné (le Français frondeur avait le carton rouge facile vis-à-vis, d’abord, de son propre Gouvernement…) Il fallait, comme toujours en communication, adapter le message à la cible.

En janvier 2004, le Ministre du Travail, François Fillon, nous accordait son patronage et le 2 novembre, son successeur, Gérard Larcher y ajoutait une subvention de 77.745 Euros pour 2005.

Sept mois plus tard, la conférence de presse, co-présidée par le Ministre des Affaires sociales, Jean-Louis Borloo, en compagnie de Gérard Larcher, lançait la campagne avec l’OIT tandis qu’un calicot de notre affiche couvrait, sur sept mètres de hauteur, le mur de l’Hôtel du Châtelet, perle du « noble faubourg », résidence séculaire du Ministre du Travail. Du 12 au 30 juin 2005, par notre « spot » sur les chaînes de télévision, par notre affiche, et par nos messages, adaptés à la spécificité de l’opinion publique française, le Bureau de l’OIT en France invitait à « en savoir plus » sur les données et les résultats de la lutte de l’Organisation contre le travail des enfants.

Au fil de ces sept mois de préparation, avec l’appui et la confiance à IPEC de Frans Roselaers et de Pierre Hébrard, de Zohreh et de Corinne Perthuis à DCOMM, avec l’amitié des responsables de la Mairie de Paris, du Conseil régional d’Ile de France, de la RATP, de RIVP notre imprimeur, de l’annonceur METROBUS et, tout particulièrement de l’agence de communication EuroRSCG, le Bureau a mobilisé un concours pro bono de générosité de l’ordre d’un demi million d’euros, multipliant par 6 le concours financier du Ministre.

La campagne sur les murs des stations de RER et du Métro, reprise par les médias nationaux et par ceux de la Région capitale, par l’affichage électronique et le mensuel diffusé par la Ville de Paris aux 3 millions de parisiens, par ceux du Ministère du Travail et par ceux, enfin, des principales organisations syndicales aura décuplé l’audience du site Internet du Bureau de l’OIT en France.

Fort de cette « première », une deuxième campagne se déroula du 29 novembre au 20 décembre 2006, avec les mêmes patronages ministériels et, parmi les mêmes généreux partenaires, cette fois YOUNG et RUBICAM-Suisse.

Pour bénéficier de la dynamique des rapports globaux annuels de suivi des quatre droits fondamentaux de la Déclaration, et à la faveur du remarquable rapport global de juin 2006 sur la lutte contre le travail des enfants, c’est ce thème, à nouveau, qui fit la campagne 2006. Exceptionnel, le Ministre du Travail français sortit de son Ministère pour la « lancer » au Centre de la Presse internationale avec, comme l’an passé, Phan Thuy d’IPEC.

Le contexte budgétaire récessif franco-français 2004-2005 n’avait pas facilité l’introduction de novations dans la négociation du troisième accord de coopération. Toutefois, la dynamique prévalut et l’accord signé en juin 2006 inscrivit le financement « starter » des campagnes à hauteur de 65.000 Euros par an, assurant, ainsi, leur pérennité sur la période 2006-2009. De plus, cette aide est complétée, par la mise à disposition d’un agent, dont le coût est évalué à 100.000 Euros.

Ces campagnes, désormais en France, en 2007 sur les discriminations, en 2008 sur la liberté syndicale, en 2009 sur le travail forcé, etc., peut-être demain dans d’autres pays principaux contributeurs/donateurs de l’OIT, permettent d’espérer que les citoyens, mieux informés, soutiendront, et plus fortement, l’Organisation, et, incidemment, appuieront l’action de ses mandants tripartites, les seuls, jusqu’à présent, qui soient au fait et comptables de ses analyses, de ses propositions, de ses actions et de ses résultats.

Je m’étais autorisé six souvenirs, cher rédacteur, et cinquante autres, à présent, m’assaillent. Que le lecteur, trop indulgent, se rassure, je m’arrête.

Pourtant, après avoir cité tant d’amis comment, au Bureau tout d’abord, ne pas saluer, alors que son poste vient, semble-il, d’être supprimé au 31 décembre 2007, Sandrine Dumont que je recrutai en 2000 sur la recommandation de David Friedmann et grâce à qui le chiffre d’affaires des ventes de publications quadrupla ?

Comment ne pas remercier Brigitte du Jeu qui, ayant quitté le Bureau pour le Siège en 1989, accepta d’y revenir en mai 2005, bénéficiant ainsi, dans les meilleures conditions, de l’expérience de Michèle Person quelques mois avant son départ à la retraite et qui, depuis, domine les nouveaux et turbulents outils de gestion informatique que sont FISEXT et autres IRIS ?

Au Siège, comment ne pas évoquer la complicité talentueuse de Charles Dan et de Christophe Perrin au Cabinet de Juan Somavia ? Comment ne pas exprimer ma gratitude au Directeur Général qui prolongea, autant qu’il put, mon mandat au delà des limites statutaires et qui m’honora de son amitié. Mais, je dois m’arrêter et admettre de ne pouvoir, ici, rendre hommage à chacun.

Toutefois, cher rédacteur, permettez-moi un dernier mot qui sera pour vous remercier de m’avoir demandé ce témoignage pour votre publication et de m’avoir permis de partager quelques moments avec les anciens fonctionnaires du BIT.

S’ils ont pu sourire en me lisant, j’en serai flatté ; s’ils ont ressenti le plaisir et l’honneur que j’ai eus à la direction du « Bureau de Paris » et à sa contribution à l’action de l’OIT, j’en serai heureux ; s’ils en ont été irrités, qu’ils considèrent qu’au sein du collège des Anciens, je ne fus qu’une pièce rapportée en séjour temporaire.

Jean Daniel LEROY

 

 

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Dernière mise à jour: 07.10.2008^ top