B.2) La participation de l'UGTT aux choix économiques et sociaux et
aux plans de développement
Dans les statuts de l'UGTT qui ont été amendés à l'occasion du 18ème congrès en 1993,
"l'instauration d'un ordre économique national socialiste indépendant et libéré de toute hégémonie
et la répartition équitable des richesses nationales" figurent parmi les objectifs de cette
organisation.(Endnote 62)
Bien qu'il paraisse anachronique, dans une conjoncture mondiale où l'indépendance économique
a perdu sa signification et où le socialisme est en nette régression, le maintien de ces dispositions
dans ses statuts confirme l'attachement de l'UGTT à un ordre économique et social national défini
et sa détermination à agir auprès du gouvernement en vue d'infléchir dans ce sens ses choix et ses
plans de développement.
Comme cela a été indiqué dans les pages précédentes, la participation de l'UGTT à l'élaboration
des orientations économiques et sociales et aux plans de développement du pays s'effectue au sein
des structures consultatives, notamment du Conseil Economique et Social et du Conseil Supérieur
du Plan, à l'occasion des grandes consultations nationales que le gouvernement organise
régulièrement sur les orientations des plans de développement et sur les grands dossiers tels que
celui de l'emploi(Endnote 63), de l'éducation ou de l'agriculture(Endnote 64)
L'UGTT dispose à cet effet d'une structure permanente d'études et de réflexion, composée
d'universitaires et d'experts, et organise de temps à autre des journées de réflexion sur les questions
à l'ordre du jour des consultations nationales.
C'est ainsi que pour la préparation du 8ème plan(Endnote 65) elle a non seulement participé aux instances
consultatives susindiquées et à la consultation nationale organisée à cet effet, mais pris également
l'initiative d'organiser des journées de réflexion au sujet des incidences du 8ème plan sur les
travailleurs(Endnote 66).
Ces journées d'études ont notamment mis en valeur les effets négatifs de l'ajustement structurel
et des réformes économiques sur les intérêts immédiats des travailleurs salariés, sur les risques
inhérents à l'introduction d'une plus grande flexibilité au niveau du marché de l'emploi, sur
l'importance du rôle de l'Etat dans la "reproduction de la force de travail" et l'amélioration des
conditions de vie et de travail, sur la nécessité de préserver le rôle de l'Etat dans le secteur public.
Ces idées et ces propositions ont été reprises par la suite dans les interventions des représentants
syndicaux dans les instances consultatives nationales et dans les résolutions adoptées à l'occasion
des réunions et des congrès syndicaux.
C'est ainsi que la résolution économique du 18ème congrès
(Endnote 67) a mis l'accent sur le rôle essentiel
de l'Etat dans le développement économique, en précisant que l'édification d'une économie
nationale doit s'appuyer sur l'utilisation optimale des ressources du pays pour renforcer sa position
sur le marché mondial et qu'elle nécessite par conséquent "une intervention soutenue de l'Etat au
niveau de la production et des échanges, de la recherche - développement, du choix de filières
industrielles nouvelles, de l'instauration d'une culture d'entreprise et de relations professionnelles
appropriées".
Cette résolution préconise en outre un "modèle de développement qui favorise l'équilibre et la
compétitivité entre le secteur public, le secteur privé et le secteur coopératif et mutualiste".
Elle préconise également une politique fiscale qui compense par d'autres ressources la
diminution des recettes fiscales due à la limitation progressive des droits de douanes.
Elle revendique "Une participation de tous les tunisiens à travers leurs organisations et leurs
représentants aux choix d'un modèle de développement qui réponde à leurs aspirations, qui améliore
leurs conditions de vie et qui renforce les capacités nationales de façon à réduire les déséquilibres
globaux de l'économie et, par voie de conséquence, sa dépendance et les pressions dont elle est
l'objet sur le plan international".
Cette position de l'UGTT à l'égard des orientations économiques du gouvernement et ses
tentatives de les infléchir dans le sens du maintien du secteur public et du développement d'un
secteur coopératif et mutualiste ont été confirmées à l'occasion du 19ème congrès
(Endnote 68), mais avec des
nuances.
On peut lire en effet dans le rapport du secrétaire général au congrès que l'UGTT "n'est pas
contre le secteur privé ni pour la lutte des classes(Endnote 69)" et "ne s'accroche pas au principe de l'économie
dirigée, mais elle pense que des pays comme la Tunisie ont encore besoin que l'Etat conserve un
rôle économique".
En outre, l'UGTT n'est pas contre le principe de privatisation des entreprises publiques mais elle
n'est pas en faveur d'une "privatisation totale", plus particulièrement des "secteurs stratégiques"(Endnote 70).
En somme, bien que les positions syndicales à l'égard des orientations libérales du gouvernement
dans le domaine économique soient modérées et nuancées, elles s'opposent nettement aux thèses
qui préconisent la libéralisation totale et le désengagement de l'Etat du domaine économique.
En outre, l'attitude de l'UGTT à l'égard des orientations économiques du gouvernement n'est pas
figée dans une attitude de rejet total ; elle tend au contraire à être constructive à travers les solutions
alternatives qu'elle propose, notamment celle du développement du secte