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Apprendre à recommencer, le défi de la reconversion

APPRENDRE A RECOMMNECER, LE DEFI DE LA RECONVERSION

Il est fini le temps où les travailleurs pouvaient espérer exercer le même métier pendant toute leur vie active. Aujourd'hui, la rapidité de l'évolution des techniques et l'âpreté de la concurrence internationale obligent les entreprises à s'adapter rapidement au changement. Quant aux travailleurs, ils doivent se reconvertir sans cesse pour acquérir de nouvelles qualifications.

Pour la plupart des travailleurs, cela suppose un effort constant de perfectionnement. Mais, comme le fait remarquer le Bureau international du Travail dans son rapport Le travail dans le monde 1995, des millions d'autres sont bien obligés de constater que leurs métiers n'existent plus. Ces travailleurs en surnombre doivent chercher non seulement un nouvel employeur mais également une nouvelle occupation. Ils doivent suivre une formation qui leur permettra de se reconvertir.

Ainsi, dans de nombreux pays, la reconversion constitue désormais une question à la fois cruciale et délicate. Les gouvernements doivent commencer par décider à qui destiner les programmes de reconversion. Or, bien que ce soient de toute évidence les chômeurs de longue durée qui en aient le plus besoin, les employeurs préfèrent généralement en faire bénéficier des travailleurs mieux qualifiés qui ont encore un emploi. Il semble néanmoins que les chômeurs participent majoritairement aux programmes de reconversion gouvernementaux: en Allemagne, ils constituaient, en 1992, 75% des participants à de tels programmes et en Suède ce pourcentage était de 85%.

Cependant, même parmi les chômeurs, il n'est pas toujours aisé d'attirer des candidats susceptibles de tirer profit de la reconversion. Les auteurs du rapport constatent que le taux d'inscription est en général inférieur aux prévisions. Cela est dû en partie à un problème d'information: les gens ne savent pas toujours qu'ils sont admissibles aux programmes de reconversion ni quels types de formation leur sont offerts. Ce fut en particulier le cas en Allemagne de l'Est, où les travailleurs, habitués à tout attendre de l'Etat, ne prenaient pas l'initiative. Le gouvernement a donc mené une vaste campagne d'information dont le slogan était: «Préparez-vous aux emplois qui vont être créés!»

En outre, des mesures d'incitation sont nécessaires. Les participants ont, certes, la perspective d'un nouvel emploi, mais cela ne suffit pas toujours. En Suède, par exemple, le gouvernement accorde une indemnité spéciale et au besoin une prolongation de leur assurance chômage aux travailleurs qui se reconvertissent.

La formation doit de préférence porter sur les qualifications qui seront les plus demandées. Etant donné que de nos jours, il est difficile de prévoir longtemps à l'avance quelles seront ces qualifications, mieux vaut, selon les auteurs, mettre l'accent sur l'acquisition de qualifications professionnelles générales plutôt que sur tel ou tel procédé de production. Ainsi, en Suède, de nombreux participants optent pour des cours généraux d'«orientation» qui leur permettent d'élargir l'éventail de leurs aptitudes et leur confèrent ainsi une plus grande souplesse pour répondre aux bsoins des employeurs. Une autre possibilité consiste à apprendre aux gens comment rechercher un nouvel emploi: d'après les informations dont on dispose sur ce qui se passe aux Etats-Unis et en Australie, cette forme d'aide est à la fois peu coûteuse et très efficace. Enfin, ceux qui ont l'esprit d'entreprise peuvent suivre une formation sur la manière de se lancer dans une activité indépendante: l'Irlande, par exemple, offre un programme de dix semaines sur la création d'entreprise.

En ce qui concerne l'organisation et le financement des programmes de formation, les auteurs du rapport ont recensé en gros trois modèles. Le premier, la reconversion dans l'entreprise, qui relève de la responsabilité de l'employeur, est courant au Japon où les entreprises ont ceci de particulier qu'elles sont disposées à réaffecter les travailleurs en surnombre, soit en leur sein même, soit dans des succursales. Les employeurs japonais reconvertissent les travailleurs à l'intérieur de leurs entreprises et le gouvernement leur rembourse la majeure partie des frais.

Le deuxième modèle, que l'on pourrait appeler le modèle européen, dépend beaucoup plus des pouvoirs publics et s'inscrit dans un service intégré de l'emploi. La Suède, par exemple, est dotée d'une vaste structure nationale de formation; ce pays dépense d'ailleurs plus pour la reconversion que pour les programmes ordinaires de sécurité sociale. Cependant, même en Suède, ce n'est plus le gouvernement qui dispense lui-même la formation; il confie cette tâche à d'autres institutions telles que les 110 centres de formation professionnelle du Groupe de formation à l'emploi, ancien organisme d'Etat devenu une société à responsabilité limitée qui propose ses services de formation sur le marché libre. Au Royaume-Uni, c'est aussi l'Etat qui finance la formation à travers le Département de l'emploi; mais dans ce cas, un réseau national de Conseils pour la formation et l'entreprise est chargé d'évaluer les besoins locaux et de confier la réalisation du travail à d'autres institutions. Les contrats ainsi conclus se caractérisent par le fait qu'ils sont axés sur les résultats: le paiement dépend non seulement du nombre de participants qui terminent le cours mais également du nombre de ceux qui trouvent un emploi à l'issue de leur reconversion.

Le troisième modèle est moins institutionnel. Comparés aux programmes européens, les programmes publics de formation professionnelle des Etats-Unis sont généralement très fragmentés. Les travailleurs sont souvent livrés à eux-mêmes: les employeurs licencient beaucoup plus rapidement les travailleurs en surnombre, à qui il incombe alors de trouver seuls de nouveaux emplois. Il existe néanmoins quelques programmes dont le plus important est le Programme californien de formation à l'emploi qui est presque exclusivement administré par des employeurs. Il existe aussi des initiatives privées qui ont vu le jour à la suite de négociations collectives entre employeurs et syndicats; les auteurs du rapport mentionnent, à titre d'exemple, le Programme d'éducation, de développement et de formation, qui a été négocié entre le syndicat United Auto Workers et la Ford Motor Corporation.

La formation coûte cher. En 1992, par exemple, la Suède a consacré 0,99% de son PIB à des programmes de formation pour le marché du travail, l'Allemagne 0,59%, le Canada 0,42%, la France 0,35% et le Royaume-Uni 0,18%, tandis qu'aux Etats-Unis ce pourcentage était de 0,08% et au Japon d'à peine 0,03%. Une part de ces dépenses est imputable à la nécessité d'apporter un soutien financier au travailleur pendant la période de formation: en Suède, le montant de ce soutien financier est presque équivalent au coût de la formation elle-même. Selon les auteurs du rapport, la formation en cours d'emploi est généralement plus onéreuse que la formation de type scolaire, carelle ne s'adresse qu'à un petit nombre de personnes, mais les travailleurs la préfèrent et elle offre de meilleurs chances de réussite.

Les auteurs estiment que, compte tenu des contraintes financières, il importe d'analyser rigoureusement les programmes de formation afin de déterminer et de renforcer ceux qui produisent les meilleurs résultats et d'éliminer ceux qui ont échoué ou qui ont saturé le marché. «La reconversion n'est pas une panacée; elle ne résout pas tous les problèmes de l'ajustement structurel; elle est relativement coûteuse et ne convient pas à tout un chacun. La meilleure solution consisterait à n'offrir des programmes de reconversion qu'à des groupes soigneusement ciblés et sélectionnés, en collaboration étroite avec les employeurs, dans le cadre d'un train de mesures dynamiques.»

Cette information est fondée sur le chapitre intitulé: «Reconversion professionnelle et réinsertion: une préoccupation pour tous» du rapport sur Le travail dans le monde 1995, Genève, BIT (prix: 25 francs suisses).

Mise à jour par BB. Approuvée par KMK. Dernière modification: 18 juillet 1996.