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TRAVAILLEURS AGES: UNE MINE DE COMPETENCES

La population mondiale vieillit rapidement. C'est l'évidence même. Ce qui est beaucoup mons clair, ce sont les politiques qui devraient découler de ce constat. Comme le BIT le souligne dans l'édition de 1995 de son rapport Le travail dans le monde, il s'est avéré que de nombreuses initiatives récentes, la retraite anticipée, par exemple, sont des erreurs coûteuses.

L'évolution démographique est spectaculaire. En 1950, les personnes âgées de 60 ans ou plus représentaient 8% seulement de la population mondiale; en l'an 2025, elles en constitueront environ 14%. Cette situation est la conséquence de phénomènes enregistrés aux deux extrémités du spectre des âges. D'un côté, les taux de fécondité baissent: entre 1950 et 1990, le taux brut de natalité de la population totale est tombé de 38 à 27 naissances pour mille individus. De l'autre côté, les individus vivent plus longtemps: sur la même période, l'espérance de vie à la naissance a progressé de 46 à 63 ans.

A de nombreux égards, cette évolution est une raison de se réjouir, un symbole de prospérité et de réussite sociale. Mais elle est aussi un motif d'inquiétude, en particulier au sujet de ce que l'on appelle le ratio de dépendance, c'est-à-dire le nombre de personnes économiquement actives pour un inactif. En Europe occidentale, ce ratio devrait tomber à 1,5 environ d'ici 2025. C'est dans les pays les plus anciennement industrialisés que le problème est le plus grave, mais des tendances identiques se manifestent ailleurs: en Asie de l'est, le ratio de dépendance des personnes âgées devrait descendre à 2,4 d'ici à la même époque.

Le fardeau croissant de la dépendance économique des personnes âgées n'est cependant pas le seul résultat du vieillissement de la population; il est aussi étroitement lié aux changements du taux de participation à la vie active: c'est-à-dire de la proportion des individus d'un groupe d'âge particulier qui travaillent ou qui souhaitent travailler. Ces dernières années ont été marquées par une forte diminution des taux de participation des travailleurs âgés, tendance que la récession a encore amplifiée.

C'est la combinaison de ces pressions d'ordre démographique, social et économique qui a provoqué la crise actuelle et qui force à reconsidérer les orientations choisies. En particulier, on peut sérieusement se demander s'il est judicieux d'encourager la retraite anticipée. Dans un certain nombre de pays, par exemple la Finlande, l'Allemagne et les Pays-Bas, l'âge moyen de la retraite est tombé à six ans au-dessous de l'âge donnant légalement le droit à une pension. Aux Pays-Bas, entre 1960 et 1990, le taux d'activité des hommes âgés de 60 à 64 ans a reculé de 81% à 23%. Ce phénomène s'est avéré doublement coûteux: les travailleurs âgés ont non seulement cessé de fournir une contribution économique à la société, ils ont également eu le droit de toucher des prestations de retraite anticipée.

Mais, comme le rapport le souligne, les doutes que l'on peut avoir au sujet de la retraite précoce vont au-delà des problèmes de coût immédiat. Ainsi, par exemple, la retraite anticipée apparaît logique du point de vue économique parce que l'emploi des travailleurs âgés coûte plus cher que celui des jeunes: on présume en effet que leurs qualifications sont de plus en plus dépassées à mesure qu'ils vieillissent et que leur productivité diminue tandis que leur ancienneté oblige à leur verser des salaires qui augmentent régulièrement. Cette hypothèse n'est pas forcément fondée: même si les travailleurs âgés gagnent effectivement davantage, leur gain ne continue pas nécessairement à augmenter jusqu'à la fin de la vie active. La question de la productivité n'est pas non plus aussi nettement tranchée qu'on le pensait autrefois. D'après le rapport, dans de nombreux cas, même lorsque les salariés les plus anciens coûtent plus cher que leurs jeunes collègues, cette différence peut être plus que compensée par la valeur du savoir-faire qu'ils ont accumulé.

On pourrait soutenir que lorsque les postes à pourvoir sont rares, les vieux devraient tout de même faire place aux jeunes. Cependant, le rapport constate que leur départ ne profite pas nécessairement à des plus jeunes. Se référant au système de retraite anticipée qui existe dans des pays tels que la Belgique, la France, l'Espagne et le Royaume-Uni, il conclut que «l'incidence des mesures prises sur le chômage des jeunes est négligeable. Les nouveaux venus sur le marché de l'emploi ne possèdent dans bien des cas ni l'expérience ni le savoir-faire nécessaires pour occuper les postes libérés par leurs aînés. Trop souvent, ces postes disparaissent avec leurs titulaires.»

La plupart des responsables politiques et des chercheurs pensent maintenant que la tendance à la retraite anticipée est allée trop loin, essentiellement en raison du coût élevé des pensions: dans les pays industrialisés, entre 1960 et 1984, les dépenses au titre des pensions par rapport au produit intérieur brut ont plus que doublé et la situation paraît devoir encore s'aggraver: en Allemagne, en 2025, il y aura peut-être plus de retraités que d'individus actifs.

Inverser la tendance à la retraite anticipée ne sera pas chose facile. Selon le rapport, «la spéculation va bon train quant à la manière d'y parvenir et les sceptiques ne manquent pas pour douter qu'on y parvienne jamais». Quelques pays, par exemple, ont décidé de relever progressivement l'âge donnant droit à la pension ou d'accroître le nombre minimum d'années de cotisation nécessaires pour prétendre à une pension complète. D'autres ont envisagé d'augmenter les impôts ou les cotisations de retraite. Cependant, le rapport fait état de recherches qui donnent à penser que les mesures gouvernementales n'influent pas nécessairement sur les décisions des travailleurs, ou des entreprises, concernant les retraites.

Parallèlement au débat entre les partisans et les adversaires d'un renversement de la tendance à la retraite anticipée, il s'en déroule un autre, centré sur les difficultés que les travailleurs âgés rencontrent pour accomplir les tâches qui leur sont confiées et sur les mesures destinées à améliorer leur capacité de travail et à faciliter le passage de la vie active à la retraite. Il importe d'éliminer les risques que le travail fait courir à la santé et les conditions de travail qui accélèrent le vieillissement et réduisent la capacité de travail des personnes âgées. En réalité, comme le rapport l'indique, la notion d'âge est elle-même remise en question. L'âge chronologique n'est plus considéré comme un indicateur du moment auquel un travailleur devrait prenre sa retraite. L'âge fonctionnel ou la capacité de travail sont considérés comme mieux appropriés pour déterminer l'aptitude d'un travailleur âgé à répondre aux exigences d'un poste. Une personne âgée en bonne forme physique peut très bien surpasser par son dynamisme des jeunes plus sédentaires. Une combinaison de promotion de la santé, de redéfinition des postes de travail, de formation et de conditions de travail améliorées, adaptées aux besoins des travailleurs âgés, devrait permettre à la société de mieux utiliser leurs capacités. Elle devrait aussi réduire la vague des départs précoces à la retraite ainsi que la perte et le gaspillage d'expérience et de qualifications qui en résultent.

Cette information est fondée sur le chapitre intitulé: «Problèmes et perspectives des travailleurs âgés dans une société vieillissante» du rapport sur Le travail dans le monde 1995, Genève, BIT (prix: 25 francs suisses).

Mise à jour par BB. Approuvée par KMK. Dernière modification: 16 octobre 1996.