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Dossiers de Presse: Index

RAPPORT SUR L'EMPLOI DANS LE MONDE 1998-99

Les femmes et la formation à l'heure de la mondialisation

Les programmes d'action positive, les formules d'apprentissage à vie, de meilleurs services de garde des enfants et une législation visant à abolir la discrimination peuvent améliorer grandement les possibilités d'emploi et de formation des femmes. Il faudrait notamment que celles-ci puissent accéder plus facilement à la formation dans les domaines clés de l'information et de la communication ainsi que de la gestion et de la création d'entreprise.

Depuis vingt ans, dans les pays industrialisés comme dans les pays en développement, ce sont surtout les femmes qui augmentent les effectifs de la main-d'œuvre. En effet, dans toutes les régions sauf l'Afrique, leur proportion dans la population active s'est sensiblement accrue. Dans l'Union européenne, par exemple, elles ont contribué à près de 80% de l'augmentation de la main-d'œuvre depuis 1980 et, dans des pays comme l'Irlande, l'Italie, le Royaume-Uni et la Suède, ce pourcentage avoisine 100%. Il est donc impératif, non seulement pour des raisons morales mais aussi pour garantir la compétitivité de la force de travail, d'adapter les systèmes de formation à cette réalité et de supprimer les obstacles qui empêchent les femmes d'acquérir les qualifications professionnelles nécessaires.

Les auteurs du dernier rapport du BIT sur l'emploi dans le monde font cependant observer que, si les taux de scolarisation des filles ont augmenté dans presque tous les pays au cours de ces dernières décennies et bien que celles-ci aient prouvé qu'elles pouvaient obtenir des résultats aussi bons sinon meilleurs que ceux des garçons, elles «ont plus d'obstacles à surmonter que les hommes sur le marché du travail pour accéder à la formation et améliorer leur situation professionnelle».

La transformation en cours de l'économie mondiale est, certes, une source de difficultés pour les travailleuses mais elle leur offre aussi des possibilités nouvelles. Ainsi, tout en faisant reculer la demande de travailleurs peu qualifiés, parmi lesquels les femmes sont largement majoritaires, l'évolution des techniques «favorise l'externalisation et la sous-traitance, ce qui peut offrir des débouchés aux femmes. On pense notamment aux zones franches d'exportation ou encore aux opérations de traitement des données effectuées dans des pays en développement pour le compte de grandes entreprises des pays développés».

Ces dernières années furent également caractérisées par une expansion du travail à temps partiel et du travail temporaire - beaucoup plus courant chez les femmes que chez les hommes. Cette forme d'emploi a certes l'avantage de permettre aux femmes de concilier plus facilement leur vie professionnelle et leurs responsabilités familiales mais, le plus souvent, elle n'est «pas choisie et elle est moins intéressante que le travail à temps plein en ce qui concerne la rémunération, les avantages sociaux, la sécurité, les perspectives de carrière ou l'accès à la formation en entreprise».

Dans certains pays en développement, l'essor des échanges internationaux a fait progresser l'emploi des femmes dans les branches à vocation exportatrice. Selon les auteurs du rapport, l'explication est simple: quand l'avantage comparatif d'un pays réside dans la modicité de ses coûts salariaux, «les femmes, moins bien payées, profitent généralement plus que les hommes de l'augmentation des exportations». Les femmes forment jusqu'à 80% de la main-d'œuvre des zones franches d'exportation, où les conditions sont parfois meilleures que dans les autres postes accessibles sur place, mais où la qualité et la stabilité de l'emploi laissent généralement à désirer.

Les travailleuses ont beaucoup pâti de la contraction du secteur public et des privatisations. L'Etat et les autorités locales étant souvent les premiers pourvoyeurs d'emplois des femmes dans le secteur structuré, la réduction des effectifs du secteur public a sur celles-ci un impact disproportionné. «L'effet des privatisations sur la situation des travailleuses est d'autant plus grand que les rémunérations et les conditions de travail sont généralement plus avantageuses dans le secteur public que dans le secteur privé et que les discriminations entre hommes et femmes y sont moins marquées.»

En Europe orientale et dans les républiques de l'ex-Union soviétique, le passage de l'économie centralisée à l'économie de marché a fait perdre leur emploi à des millions de femmes, et «il est manifeste que, dans les pays en transition, les femmes sont victimes d'une forte discrimination à l'embauche». Comme les femmes de ces pays ont souvent un haut niveau de qualification, leur exclusion en grand nombre du marché du travail et l'incapacité dans laquelle elles se trouvent d'exploiter et de parfaire leur formation aboutissent à «un énorme gaspillage».

L'instruction et la formation pour améliorer l'emploi

Deux tendances opposées se sont dessinées ces dernières années: d'un côté, l'augmentation et la féminisation des emplois faiblement rémunérés du secteur tertiaire et, de l'autre, l'accroissement du nombre des emplois de haut niveau qu'obtiennent les femmes en raison de leur niveau d'instruction. Dans les pays de l'OCDE, par exemple, les femmes sont généralement de plus en plus nombreuses «à entreprendre des études de médecine, de droit, de comptabilité ou encore de commerce, études qui étaient jusqu'ici surtout l'apanage des hommes».

En revanche, «il est plus rare que les femmes optent pour des formations qui leur permettent d'accéder à des emplois de niveau intermédiaire ou inférieur traditionnellement occupés par des hommes». Cela s'explique à la fois par la ségrégation professionnelle et par le recul de la demande de ce type d'emplois.

Lorsque le recrutement dépend des diplômes et des aptitudes, les femmes se révèlent parfaitement capables de rivaliser avec les hommes. «Par exemple, en Europe du Sud, la nécessité de passer un concours pour entrer dans la fonction publique a beaucoup contribué à accroître le nombre de femmes dans l'administration.»

Les auteurs du rapport font cependant observer que, à tous les niveaux d'instruction, les femmes gagnent moins que les hommes. En Europe et aux Etats-Unis, si leur rémunération s'est accrue par rapport à celle des hommes ces dernières années, «c'est principalement parce qu'elles ont réussi à accéder à des emplois d'un niveau supérieur», ce phénomène ayant eu pour corollaires le recul de l'emploi et le tassement des salaires des hommes dans le secteur manufacturier.

L'accès à des emplois d'un niveau supérieur, l'instruction et la formation protègent les femmes contre le risque de perdre leur emploi en cas d'interruption de carrière, «risque auquel elles sont notamment exposées lorsqu'elles quittent le marché du travail pour avoir des enfants ou pour s'en occuper». Ainsi, lorsque le droit à un congé de maternité, à un congé parental ou à une aide pour élever les enfants n'est pas inscrit dans la législation, «la possibilité pour les femmes de conserver leur emploi durant leur grossesse et après l'accouchement (...) est généralement étroitement liée à leur situation sur le marché du travail». Dans le secteur public et les grandes entreprises, et à plus forte raison si elles y occupent des emplois de haut niveau, celles-ci peuvent compter sur toutes sortes d'aides leur permettant de conserver leur emploi et leur statut professionnel - congé de maternité de longue durée, aide pour la garde des enfants, possibilité d'opter pour un horaire flexible.

«Lorsque les femmes possèdent des qualifications reconnues et transférables, elles courent moins le risque d'un déclassement professionnel après une absence du marché du travail (par exemple congé pour s'occuper de leurs enfants) que lorsque seule compte l'expérience du travail.» Les auteurs estiment en conséquence qu'un système d'apprentissage institutionnalisé, comme celui de l'Allemagne ou des pays scandinaves, assure sur ce plan une meilleure protection aux femmes que les moyens informels de formation et d'acquisition des compétences, tels qu'ils existent aux Etats-Unis et au Royaume-Uni.

Accès à l'instruction et à la formation professionnelle

Ces dernières décennies, les taux de scolarisation des filles ont augmenté dans presque tous les pays, mais d'importantes disparités subsistent. Le taux d'alphabétisation des femmes de 15 ans et plus est supérieur à 95% dans les pays développés et atteint au moins 75% dans la plupart des pays d'Amérique latine, des Caraïbes et de l'Asie de l'Est et du Sud-Est. En revanche, il demeure très faible en Afrique, en Asie du Sud et dans quelques pays d'autres régions.

«En 1990, sur 130 millions d'enfants n'ayant pas accès à l'enseignement primaire, 81 millions étaient des filles», affirment les auteurs du rapport. «En 1995, selon les estimations, plus de la moitié des petites filles de 6 à 11 ans n'étaient pas scolarisées en Afrique subsaharienne; c'était aussi le cas de plus d'un tiers des filles de cette classe d'âge en Asie du Sud et de plus d'un quart dans les Etats arabes.»

Cependant, lorsqu'elles en ont la possibilité, «à l'école comme à l'université, les filles ont montré qu'elles pouvaient faire aussi bien, voire mieux, que les garçons». «Aux Etats-Unis, par exemple, dans les high schools comme dans les colleges, les filles sont plus nombreuses que les garçons à réussir aux examens et, dans les colleges, elles obtiennent en moyenne de meilleures notes dans toutes les grandes disciplines.»

Mais, pour importante qu'elle soit, l'instruction ne suffit pas: «Dans les régions où les possibilités d'instruction sont les mêmes pour les filles que pour les garçons, il subsiste néanmoins une ségrégation professionnelle et des disparités entre hommes et femmes en matière de salaires.»

«Cette ségrégation existe dans tous les pays», constatent les auteurs. On estime en effet que, à l'échelon mondial, la moitié des travailleurs occupent des emplois dans lesquels on trouve au minimum 80% d'hommes et autant de femmes. Les emplois dans lesquels les hommes sont prédominants (ceux de maçon, policier, technicien, gestionnaire, architecte, ingénieur) sont sept fois plus nombreux que les «emplois de femme» (secrétaire, enseignante, caissière, infirmière, employée de maison, etc.). «En outre, ces derniers sont généralement moins bien considérés et moins bien payés et ils offrent moins de possibilités d'avancement.»

L'enseignement et la formation prédéterminent dans une large mesure la ségrégation professionnelle. Parfois même, ils l'aggravent. «En Allemagne et au Royaume-Uni, par exemple, on a observé que la ségrégation est plus marquée parmi les apprentis que dans la main-d'œuvre prise dans son ensemble.»

«L'exclusion de la formation sur le lieu de travail est l'une des principales formes de discrimination dont souffrent les femmes» et aussi l'une des plus difficiles à combattre. Les employeurs considèrent volontiers qu'ils sont libres d'organiser plus ou moins comme ils l'entendent leurs systèmes internes de formation. Quelles que soient les raisons invoquées, les femmes ont beaucoup moins de chances que les hommes de bénéficier de la formation financée par les employeurs. Qui plus est, dans certains pays, le poids des interdits culturels fait qu'il serait inimaginable qu'un homme enseigne un métier à une femme.

De même, les femmes n'ont pas aussi facilement accès que les hommes aux programmes de perfectionnement permanent organisés pour faire face à l'évolution rapide des techniques. Les auteurs font en effet observer que, dans la pratique, ce sont surtout les travailleurs les plus qualifiés et ceux qui bénéficient de la sécurité de l'emploi qui ont accès à ce type de programmes et non ceux qui ont des emplois moins qualifiés et moins sûrs, dont fait partie la grande majorité des femmes qui travaillent.

«Pour promouvoir l'égalité entre hommes et femmes, il est sans doute plus important de favoriser l'accès des femmes aux nouveaux emplois qui utilisent de nouvelles technologies et qui sont en pleine expansion que de les aider à concurrencer les hommes dans des emplois qu'ils occupent traditionnellement dans des secteurs aujourd'hui en déclin.» En Europe, la proportion de femmes parmi les spécialistes de l'informatique varie considérablement d'un pays à l'autre, le secteur ayant dans certains cas tendance à être de plus en plus dominé par les hommes.

«Les programmes d'action positive et d'égalité des chances ainsi que la législation antidiscrimination peuvent jouer un rôle capital en dissuadant les employeurs d'exclure les femmes d'un accès équitable à la formation à l'intérieur de l'entreprise», soulignent les auteurs. «La fourniture de certains services (par exemple de garde des enfants) fait baisser le taux de rotation des femmes et leur permet de consacrer plus de temps et d'énergie à l'amélioration de leurs compétences.»

La direction d'entreprise

Tous ces obstacles incitent un nombre croissant de femmes à créer leur propre entreprise. «Selon les estimations nationales, 10% des nouvelles entreprises ont été créées par des femmes en Afrique du Nord, 33% en Amérique du Nord et 40% dans l'ex-Allemagne de l'Est.» Et, selon des études récentes citées dans le rapport, ce pourcentage dépasse 60% aux Etats-Unis.

Mais, comme on pouvait s'y attendre, les femmes se heurtent à davantage de difficultés que les hommes lorsqu'elles cherchent à créer ou à développer une entreprise. «Il n'est pas rare qu'elles fassent l'objet d'une discrimination de la part des créanciers, des fournisseurs et des clients», ce qui leur complique la tâche lorsqu'elles ont besoin d'argent. Dans les pays en développement, elles sont souvent obligées de s'adresser à des usuriers qui pratiquent des taux d'intérêt exorbitants. «Les associations d'entreprises dominées par les hommes ne se montrent pas toujours très empressées d'aider» les femmes chefs d'entreprise qui souffrent d'un manque de contacts et de soutien. Enfin, «les organismes nationaux et régionaux de développement favorisent souvent les entreprises publiques et les grandes entreprises privées et ne consacrent guère d'attention et de ressources aux microentreprises et aux petites entreprises, secteur dans lequel on trouve le plus de femmes».

«Il faut aider les femmes chefs d'entreprise à acquérir les compétences en matière de gestion et les connaissances techniques qui sont indispensables pour la bonne marche d'une entreprise moderne.» Des programmes de formation ont été lancés dans un certain nombre de pays à l'intention des femmes qui souhaitent se mettre à leur compte et monter une entreprise. «Ces programmes sont avant tout destinés à les aider à planifier leur entreprise, à identifier les débouchés et à améliorer leurs compétences en matière de crédit, de commercialisation et de gestion.»

Mise à jour par BB. Approuvée par KMK. Dernière modification: 24 Septembre 1998.