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TRAVAIL
No 30, juillet 1999


Les nouvelles en bref



Abus de substances toxiques
au travail

Offensive des secteurs public et privé contre l'abus d'alcool
et de drogues au travail

Aujourd'hui, l'abus d'alcool et de drogues au travail est un fléau commun à tous les pays, quel que soit leur niveau de développement. Non seulement il coûte cher en temps et en argent aux entreprises mais encore il met en danger les travailleurs concernés et leurs collègues. Recherchant une solution à ce problème, des représentants du secteur privé se sont récemment réunis en Suède avec des institutions du secteur public, dont l'OIT.

Du 9 au 12 mai, 200 représentants des entreprises, des gouvernements et des milieux syndicaux de pays européens se sont réunis à Sundsvall, en Suède, dans le but de percer une brèche dans le mur de silence qui entoure la question de l'abus de substances toxiques sur les lieux de travail. Ils ont réfléchi à la manière d'intégrer la prévention dans les programmes de qualité et de sécurité, d'augmenter les services de soutien aux employeurs, de créer des réseaux d'entreprises, d'améliorer la coopération entre les entreprises et la communauté et de favoriser la collaboration avec les écoles.

Cette Conférence internationale du secteur privé sur les drogues au travail et dans la communauté était la quatrième d'une série qui a débuté il y a six ans sous l'égide de l'OIT, du Programme des Nations Unies pour le contrôle international des drogues (PNUCID), du Conseil suédois pour les questions relatives à l'alcool et aux stupéfiants (ALNA) et de l'Alliance publique-privée de Sundsvall.

Les études montrent que l'alcool et la drogue provoquent 20 à 25% des accidents du travail et jusqu'à 30% des décès liés au travail. Même de petites doses prises longtemps à l'avance sont dangereuses. Dans le cadre d'une étude réalisée aux Etats-Unis, des pilotes d'avion ont été placés sur des simulateurs avant et après avoir bu de l'alcool. A jeun, seulement 10% n'ont pas réussi à faire toutes les manœuvres correctement. Après avoir atteint une alcoolémie de 1‰, ce pourcentage est passé à 89%. Quatorze heures plus tard, toute trace d'alcool ayant disparu de leur organisme, 68% n'étaient toujours pas en mesure de réaliser toutes les manœuvres correctement.

Reconnaissant que la pression exercée entre collègues joue un rôle essentiel dans la lutte contre l'abus de substances toxiques au travail, les participants ont décidé de créer un réseau d'entreprises pour faciliter l'échange d'information et l'entraide. «Le secteur privé peut nous aider à les aider», explique Behrouz Shahandeh, conseiller au BIT pour les questions d'alcoolisme et de toxicomanie. «Ses représentants savent comment parler aux directions d'entreprise. Les collègues ont beaucoup plus de chances de faire bouger les choses que les conseillers».

En effectuant des démarches de leur côté et en restant en contact une fois la réunion terminée, les entreprises peuvent se doter des ressources dont elles ont besoin sans recourir à l'aide des gouvernements. Les participants ont également décidé de veiller à l'intégration de modules de formation sur ces questions dans les programmes de formation des cadres.



Les coûts

L'alcoolisme et la toxicomanie au travail sont des travers dangereux qui entraînent une baisse de performance, l'absentéisme, des accidents, voire des décès. Qui plus est, ils coûtent cher. Des études ont montré qu'aux Etats-Unis, par exemple, les incidents provoqués par l'abus d'alcool ne coûtent pas moins de 100 milliards de dollars par an au pays, dont 77 milliards en perte de productivité.

Les personnes qui abusent de l'alcool et des drogues coûtent jusqu'à trois fois plus cher aux assurances maladie et leurs demandes de prestations sont cinq fois plus nombreuses. Leur taux d'absentéisme est deux à trois fois plus élevé. Ainsi, une étude réalisée chez General Motors a révélé que les toxicomanes prennent en moyenne 40 jours de congé maladie par an, contre 4,5 pour les autres salariés.

A l'impact économique s'ajoute le coût humain: dégradation de l'état de santé, perte d'emploi, problèmes familiaux, effets sur les enfants ou violence familiale. Dans les familles pauvres, le poids de ces formes de dépendance est plus lourd encore puisque des sommes indispensables pour payer la nourriture et le logement sont investies dans l'alcool ou la drogue. Dans les cas extrêmes, l'abus de substances toxiques peut provoquer le travail des enfants, ceux-ci devenant soutiens de famille lorsque leurs parents perdent leur emploi.

La réunion a essentiellement porté sur l'abus de substances toxiques en Europe, où la consommation d'alcool est une habitude profondément ancrée dans les mœurs et la pharmacodépendance, en particulier aux amphétamines, s'accroît. Les participants ont constaté que la situation s'améliorait sur le plan de la prise de conscience mais que, sur le fond, le problème était loin d'être résolu.

Au nombre des améliorations, ils ont noté qu'environ 80% des entreprises danoises ont désormais adopté une politique de lutte contre l'alcoolisme. A Sundsvall, ville hôte de la conférence, la municipalité, les syndicats et l'industrie ont uni leurs efforts pour prévenir l'alcoolisme et la toxicomanie au travail et pour aider les travailleurs désintoxiqués à reprendre le travail. Aux Pays-Bas, les entreprises doivent inclure les problèmes découlant de l'alcoolisme, de la toxicomanie et de la pharmacodépendance dans les inventaires de risques. D'autres pays comme l'Espagne et la Belgique ont promulgué des lois en vertu desquelles les travailleurs et les services de prévention doivent participer à l'évaluation des risques professionnels. La vente d'alcool sur les lieux de travail a été restreinte dans de nombreux pays, mais rarement interdite.

Au nombre des points noirs, ils ont noté que selon une étude récemment réalisée en Belgique, plus de 60% des entreprises de ce pays n'avaient pas de lignes directrices concernant la consommation de drogues ou d'alcool. Une enquête conduite auprès de 400 entreprises françaises de plus de 50 salariés a révélé que 70% ne s'étaient dotés d'aucun moyen de lutte contre l'abus d'alcool. Au Portugal, quelques entreprises seulement ont élaboré des directives, et en Grèce, aucune.



La politique de l'autruche

En dépit de la gravité du problème, certaines entreprises préfèrent encore mener la politique de l'autruche. Elles nient l'existence du problème et en assument sans broncher les coûts. «C'est souvent une question d'image», constate M. Shahandeh. Selon lui, ces entreprises craignent qu'en mettant en œuvre des programmes de lutte contre l'alcoolisme et la toxicomanie, elles soient perçues comme ayant un problème et que la qualité de leurs produits soit mise en question. Dans certains cas, les décideurs sont eux-mêmes des consommateurs d'alcool ou de drogue, ce qui rend difficile l'adoption des mesures nécessaires.

La plupart des experts considèrent que la solution réside dans une action précoce. La prévention permet d'attaquer le problème avant qu'il ne se déclare. Dans l'Ontario, au Canada, une intensification des programmes de soutien aux salariés et d'assistance sanitaire a permis de réduire de 19% la consommation d'alcool et d'un tiers les cirrhoses du foie et les décès. La réadaptation aussi donne des résultats impressionnants. Selon une étude menée dans l'Etat de l'Ohio (Etats-Unis), grâce au traitement des travailleurs concernés, l'absentéisme a reculé de 91%, les conflits avec la hiérarchie de 88%, les erreurs au travail de 93% et les accidents du travail de 97%.

Le cadre dans lequel doit s'inscrire la prévention et la réadaptation a déjà été défini. Le recueil de directives pratiques 1 que le BIT a adopté en 1995 contient des conseils pour ceux qui doivent prendre en charge les problèmes liés à l'alcoolisme et à la toxicomanie sur le lieu de travail. Il invite les employeurs et les travailleurs à élaborer ensemble une stratégie, définit l'abus de substances toxiques comme un problème médical qu'il convient de traiter de la même manière que toute autre maladie, recommande la prise en compte de ce problème dans la gestion au sens large et démontre que discipliner les personnes qui abusent de substances toxiques est un impératif moral.

A plus vaste échelle, la Déclaration des Nations Unies sur les principes fondamentaux de la réduction de la demande de drogues 2, adoptée en 1998, souligne qu'il est important de faire participer tous les acteurs concernés au débat - secteur privé, gouvernement, ONG, organisations d'employeurs et de travailleurs, parents, enseignants, corps médical, associations de jeunes et groupements communautaires.

Leyla Alyanak pour Travail.

* * * * *

1 La prise en charge des questions d'alcoolisme et de toxicomanie sur le lieu de travail: Recueil de directives pratiques, BIT, 1996. ISBN 92-2-109455-3. (Existe également en anglais et en espagnol.).

2 Déclaration sur les principes fondamentaux de la réduction de la demande de drogues, adoptée par la session extraordinaire de l'Assemblée générale des Nations Unies, consacrée à la lutte collective contre le problème mondial de la drogue, 8-10 juin 1998.


Travail des enfants
en Albanie

Le BIT lance un nouveau programme

Le BIT lance le premier programme national de lutte contre le travail des enfants jamais mis en œuvre en Albanie. Selon les autorités de ce pays, les enfants, dont la condition n'était déjà pas brillante, pâtissent gravement des années de récession économique auxquelles s'ajoute maintenant la crise des Balkans. Ce programme sera exécuté dans le cadre du Programme international pour l'abolition du travail des enfants (IPEC).

Depuis le début des années quatre-vingt-dix, le travail des enfants a pris une ampleur sans précédent en Albanie, nation la plus pauvre d'Europe. Mendiant, se prostituant, passant en Italie pour vendre des mouchoirs en papier et des gadgets, laver des voitures ou effectuer toutes sortes de petits travaux, des milliers d'enfants abandonnés ou errants tentent de survivre comme ils peuvent.

Depuis la chute du pouvoir civil, les parents ne sont plus obligés d'envoyer leurs enfants à l'école. Dans certaines régions du pays, par crainte des «vendettas», pour dette de sang notamment, des milliers de jeunes garçons ont déserté les salles de classe pour se cacher. On sait que des enfants sont vendus dans d'autres pays pour la prostitution ou le trafic de drogue. Une étude a révélé que dans certaines banlieues pauvres de Tirana, qui sont habitées par des squatters migrants, 7% au maximum des enfants vont à l'école.

Face à cette situation, le BIT, dans le cadre de son Programme de lutte contre le travail des enfants, se propose d'apporter une «aide directe» à un effectif initial d'environ 10 000 enfants, qui, selon les responsables, pourrait augmenter rapidement. Il n'existe pas de statistiques sur le travail des enfants mais les autorités gouvernementales pensent que le phénomène est en train de prendre de l'ampleur. D'après les rapports de l'IPEC, de plus en plus d'enfants travaillent à plein temps au lieu d'aller à l'école.

«La baisse énorme du pouvoir d'achat qu'a subie la majorité des familles albanaises ces dernières années conjuguée à l'actuelle crise des Balkans, force toujours plus d'enfants à quitter les salles de classe pour aller travailler dans les champs, dans les ateliers et dans la rue», déclare Werner K. Blenk, administrateur du programme pour l'IPEC. «Nous avons constaté que jusqu'à maintenant, aucune action globale n'avait été entreprise pour empêcher l'exploitation commerciale des enfants albanais. Seules quelques associations, organisations non gouvernementales et personnes isolées ont pris ici ou là des initiatives ponctuelles, qui ont donné des résultats plus ou moins satisfaisants.»


Des enfants jeunes,
non scolarisés et terrorisés

Depuis la chute du gouvernement, en 1991, les parents ne sont plus tenus d'envoyer leurs enfants à l'école, ce qui a provoqué une baisse vertigineuse du taux de scolarisation et, en retour, une augmentation du nombre des enfants qui travaillent.

Dans les zones rurales, les enfants doivent rester chez eux pour aider au travail des champs et s'occuper du bétail.

Dans les villes, ils vendent des cigarettes, des cassettes et autres gadgets dans la rue.

Dans le nord du pays, la crainte des «vendettas» décourage les enfants d'aller à l'école.


Le Mémorandum d'accord instituant le programme de l'IPEC a été signé de 9 juin par le ministre albanais du Travail et des Affaires sociales, Kadri Rrapi, et le Directeur général du BIT, Juan Somavia. L'IPEC formera un comité national de pilotage composé de représentants du ministère du Travail, du ministère de l'Education, de la Commission des affaires féminines et familiales, de la Confédération du commerce et de l'industrie, de la Confédération albanaise des syndicats ainsi que de certaines ONG membres de la Fondation de la société civile albanaise, organisation faîtière qui coordonnera les activités d'assistance de l'IPEC. Le Programme des Nations Unies pour le développement, l'UNICEF et l'UNOPS suivront les travaux de ce comité de pilotage en qualité d'observateurs.

Le programme de l'IPEC en Albanie consistera à:

Certaines dispositions de la «convention sur les pires formes de travail des enfants, 1999» que viennent d'adopter les Etats Membres de l'OIT, lors de la Conférence internationale du Travail du mois de juin, sont d'ores et déjà applicables en Albanie. Ainsi, les responsables de l'IPEC disent que le nouveau programme se fondera sur la définition contenue dans la convention des «pires formes» de travail des enfants, et interdira notamment l'utilisation des enfants de moins de 18 ans pour la prostitution et le trafic de drogues ainsi que pour tout travail préjudiciable à leur santé et à leur moralité. En outre, les dispositions concernant la réhabilitation - tant physique que psychologique - des enfants seront parmi les premières appliquées.

«Les institutions nationales et locales qui sont pour le moment en piteux état ont besoin d'être revitalisées et leur personnel doit être recyclé. Nous savons d'expérience que la crise actuelle aura de graves conséquences à long terme pour les enfants», affirme M. Blenk.

Robert SanGeorge, IPEC Genève.


Emploi en Amérique latine


Promotion de l'emploi dans la reconstruction:
Nouvelles du terrain

A cause des dégâts causés par des catastrophes naturelles aussi dévastatrices que celles provoquées par Le Niño et l'ouragan Mitch, de nombreux pays latino-américains doivent maintenant s'atteler à la difficile tâche de reconstruire leur infrastructure. Néanmoins, pour pénible et douloureux qu'il soit, un programme de reconstruction bien conçu pourrait être l'occasion, tout en pourvoyant à la nécessaire remise en état des pays, de réfléchir à la politique de l'emploi et de revoir les procédures de passation des contrats avec le secteur privé.

Le BIT préconise la réalisation de travaux publics à forte intensité d'emploi en faisant appel à de petits entrepreneurs locaux. En effet, à investissement égal, cette manière de faire garantit de meilleurs résultats car non seulement elle permet de réaliser les travaux voulus mais encore elle offre des débouchés à de nombreux travailleurs.

Le projet intitulé «Promotion des méthodes à forte intensité d'emploi dans l'investissement public», qui a débuté en 1998 pour une durée de deux ans (1998 et 1999), est exécuté par l'équipe multidisciplinaire pour les pays andins (Lima, Pérou), avec l'appui technique du Département des politiques de développement du BIT (POLDEV), à Genève. Couvrant la Bolivie, l'Equateur et le Pérou, il marque le retour du BIT dans une région de laquelle le Programme à forte intensité d'emploi est depuis longtemps absent. Ce moment semble être arrivé à point nommé.



Problèmes structurels

Malgré les taux de croissance tout à fait acceptables qu'ont enregistrés les trois pays susmentionnés durant les cinq premières années de la décennie en cours, les taux de chômage et de sous-emploi, eux, n'ont pas sensiblement régressé. Les économies n'ont pas réussi à convertir la croissance économique en un nombre suffisant d'emplois de qualité.

Cela s'explique par le fait que les secteurs à forte intensité de capital ont tiré la croissance sans créer beaucoup d'emplois et que pendant ces années, la croissance a été irrégulière, ne dépassant jamais 5% dans la durée.

En outre, ces pays subissent toujours, bien qu'à des degrés différents, le contrecoup des programmes d'ajustement structurel. Par exemple, le Pérou a procédé aux réformes requises au début des années quatre-vingt-dix et a déjà surmonté le choc initial, alors que l'Equateur vient tout juste de commencer. Bien que ces réformes et ajustements fussent sans aucun doute nécessaires, il eût fallu les accompagner de programmes visant à en atténuer le coût social. Mais tel fut rarement le cas.



Problèmes conjoncturels

A ces difficultés d'ordre structurel, se sont ajoutés des problèmes conjoncturels tels que le phénomène Le Niño, les retombées des crises asiatique et russe et la récente débâcle financière du Brésil. Cette combinaison de facteurs a réduit les perspectives de croissance économique pour l'avenir proche. La récente crise financière qu'a connue l'Equateur met en évidence la gravité de la situation et démontre la nécessité d'appliquer, parallèlement aux réformes requises, des mesures actives de lutte contre le chômage.



Un programme de création directe d'emplois

Parmi toutes les lignes d'action possibles, le secteur du bâtiment et des travaux publics offre un potentiel considérable de création d'emplois, compte tenu de l'importance de l'infrastructure pour le développement, du poids relatif du secteur dans le produit national et de la possibilité, pour certains travaux, d'ajuster le rapport capital-travail de façon à favoriser le travail. Telle est précisément l'orientation du projet du BIT.

Ce projet, qui a débuté en janvier 1998, a consisté dans un premier temps à familiariser des partenaires potentiels avec le concept de travaux à forte intensité d'emploi. Du fait de la situation décrite ci-dessus - conjugaison de problèmes structurels et de problèmes conjoncturels - les stratégies permettant d'absorber les effectifs de personnes sous-employées ou au chômage, suscitent un intérêt grandissant. Dans les pays concernés, on commence en effet à comprendre qu'utiliser de manière plus rationnelle les fonds consacrés aux travaux d'infrastructure, en engageant des petites entreprises locales et en utilisant les ressources disponibles sur place, peut avoir des effets positifs sur l'emploi.

Cependant, le niveau de connaissance et d'application des interventions à forte intensité d'emploi est fort différent de l'un de ces trois pays à l'autre. Alors qu'au Pérou, un tel programme existait déjà pour l'entretien des routes rurales (Programa Caminos Rurales, financé par la BIRD, la BID et le gouvernement péruvien) sur lequel le projet du BIT pouvait se greffer, la Bolivie et l'Equateur n'avaient encore jamais rien entrepris de la sorte. La deuxième priorité du projet a donc été de définir les domaines d'assistance technique dans lesquels celui-ci était susceptible d'apporter une amélioration, ce qui a abouti à l'élaboration de divers programmes nationaux et sous-régionaux.



Les avantages de la démarche

Le principal avantage des techniques à forte intensité d'emploi réside dans la meilleure rentabilité des investissements d'infrastructure: non seulement les travaux sont réalisés conformément aux normes techniques et budgétaires mais encore le secteur privé local participe à des activités productives dans des domaines où il existe généralement peu de possibilités de créer des emplois. En outre, l'utilisation des ressources humaines et matérielles locales stimule l'économie locale et favorise l'autosuffisance.

A noter que cette démarche n'est pas applicable à tous les travaux de construction et d'infrastructure. Toutefois, lorsque cela est faisable, le concept s'intègre très bien dans une stratégie globale de développement et permet une répartition plus équitable des revenus. Autre avantage: le pays peut économiser beaucoup d'argent en entretenant correctement son infrastructure. Confier l'entretien des routes à des petites entreprises coûte beaucoup moins cher que d'avoir à les reconstruire tous les cinq ans pour ne pas les avoir conservées en bon état.

La reconstruction est extrêmement onéreuse et les pays devraient se rendre compte que les dépenses consacrées à l'entretien sont plus productives car elles motivent les travailleurs et le secteur privé de la région concernée et créent des débouchés. Il importe à cet égard de changer la mentalité des décideurs et des praticiens afin qu'ils puissent décider en toute équité pour chaque investissement s'il convient de privilégier le matériel lourd, le recours à une main-d'œuvre abondante ou un mélange des deux. Une adaptation de la législation peut même être nécessaire dans certains pays où des obstacles juridiques interdisent aux petits entrepreneurs l'accès aux marchés de travaux publics.



Un intérêt croissant

Les programmes à forte intensité d'emploi suscitent un intérêt croissant et, partant, la demande d'assistance est de plus en plus forte. Et cela pas seulement dans les trois pays concernés par le projet du BIT mais aussi sur le reste du continent. C'est que, dans la situation économique actuelle, ces programmes peuvent incontestablement contribuer à la réduction de la pauvreté.

Un autre fait intéressant est que l'un des rares pays d'Amérique latine dans lesquels le BIT a travaillé dans le passé, la Colombie, a institutionnalisé la méthode et a désormais pour politique de confier systématiquement l'entretien des routes à des petits entrepreneurs locaux. Or, c'est là un exemple auquel se réfèrent souvent d'autres pays à la recherche de solutions concrètes aux problèmes du chômage et du sous-emploi. Par ailleurs, il est de plus en plus fréquent que des pays du continent entreprennent des programmes à forte intensité d'emploi avec le soutien financier de donateurs internationaux (le Pérou mais aussi le Guatemala et le Nicaragua). Bien que le BIT n'ait pas été présent au départ, l'expérience péruvienne montre que celui-ci peut fournir une assistance technique importante et appréciée dans des domaines qui relèvent de son mandat. Les responsables des programmes mentionnés, les ministères chargés des politiques de l'emploi et des questions relatives au travail ainsi que, bien sûr, le BIT, ont tous intérêt à ce que les méthodes à forte intensité d'emploi réussissent et soient institutionnalisées.

Source: Programme à forte intensité d'emploi, POLDEV/BIT.


Le BIT et l'UIP
unissent leurs forces



Le Bureau international du Travail et l'Union interparlementaire
signent un Accord de coopération

Le Bureau international du Travail (BIT) et l'Union interparlementaire (UIP) ont conclu un accord aux termes duquel les deux organisations renforceront leur relations de coopération et prendront des mesures concrètes pour promouvoir la justice sociale, les principes démocratiques et les droits de l'homme.

En vertu de cet accord, signé par le Directeur général du BIT, Juan Somavia, d'une part, et par le président du Conseil interparlementaire, Miguel Angel Martinez, et le secrétaire général de l'Union interparlementaire, Anders B. Johnsson, d'autre part, les deux organisations sont convenues de promouvoir la ratification et la mise en œuvre des instruments juridiques internationaux adoptés par la Conférence internationale du Travail, y compris la Déclaration relative aux principes et droits fondamentaux au travail, que celle-ci a approuvée l'année dernière.

«L'Union interparlementaire aide à garantir que les lois demeurent des instruments modernes et dynamiques qui engendrent des changements positifs en répondant aux nouveaux besoins sociaux des individus», a déclaré M. Somavia. «Sur le plan politique, cet accord nous offre un plus large accès à des milliers de parlementaires et à des millions de votes exprimés librement, afin d'aller de l'avant dans la recherche de la justice sociale, d'améliorer la protection des travailleurs et les conditions de travail et de promouvoir les principes démocratiques.»

Cet accord est destiné à soutenir les actions conjointes que les deux organisations entreprendront dans le futur afin de promouvoir la prise en compte par les législateurs de toute un série de conventions et recommandations de l'OIT portant sur des questions telles que l'abolition du travail des enfants, le droit des travailleurs à la liberté syndicale et à la négociation collective ou encore l'élimination de la discrimination et de toutes les formes de travail forcé ou obligatoire. Il permettra en outre de tisser de nouveaux liens entre les deux organisations par le biais de consultations et d'échanges d'informations ainsi que par la représentation mutuelle à leurs réunions et conférences.

L'Union interparlementaire, dont la création remonte à 1889, est l'organisation mondiale des parlements des Etats souverains. Regroupant les représentants de 138 parlements, elle étudie les questions politiques, juridiques, économiques, sociales et culturelles de portée internationale, et elle œuvre en vue de la paix et de la coopération entre les peuples ainsi qu'en faveur de l'affermissement de la démocratie représentative.

Source: Communiqué de presse BIT/99/14.


Télétravail


Négociations professionnelles et
nouvelles conditions de travail

Le rôle prédominant que jouent désormais les technologies de l'information et de la communication du fait de l'essor de ce qu'il est convenu d'appeler le télétravail, représente un défi tant pour les organisations de travailleurs que pour les organisations patronales. Spécialiste de l'Internet, Alan McCluskey, explique comment le consortium MIRTI (Modèles de rapports industriels pour l'innovation du télétravail) a récemment relevé ce défi dans le contexte du Programme d'applications télématiques de l'Union européenne.

Comment ceux qui ont pour fonction de défendre les intérêts des travailleurs dans les négociations professionnelles, vont-ils réagir face à la prolifération de nouvelles formes de travail?

Comment les patrons dont le personnel a toujours travaillé en entreprise, avec des horaires réguliers, vont-ils réagir, dans les négociations avec les organisations de travailleurs, face à l'individualisation et à la flexibilité croissantes des horaires et des lieux de travail?

Le consortium MIRTI, placé sous la direction de l'Institut européen d'études sociales, qui se trouve à Rome, se compose d'entreprises telles que Saritel en Italie, IBM Autriche et Telehaus Wetter en Allemagne ainsi que d'organisations de travailleurs telles que le Workers' Educational Association Telematics Centre de Manchester et de centres de recherche tels que l'IUK Dortmund.

Pour répondre aux questions posées, le consortium MIRTI a opté pour une forme de gestion des connaissances qui fait écho à la grande révolution du savoir. De 1996 à 1998, il a étudié ce qui se faisait déjà en matière de négociations sur les conditions de travail dans le domaine du télétravail afin de faire connaître cette expérience et de la mettre à profit.

Ce faisant, il a lui-même exploré l'utilisation de l'Internet comme un instrument de dialogue et de sensibilisation. Bien qu'il ait limité ses travaux à la question des relations professionnelles concernant le télétravail, il a dû chercher à mieux comprendre la nature du télétravail en soi.



Production d'un manuel

Ayant repéré des expériences de télétravail dans les entreprises et les villes étudiées de façon à couvrir la question sous tous ses aspects, le consortium a interviewé les personnes concernées et obtenu des copies de leurs contrats. Puis, sur la base de ces interviews, il a élaboré des études de cas.

Par souci de cohérence et pour permettre à d'autres d'accéder aux résultats de ses travaux, le consortium MIRTI a classé les utilisateurs potentiels par catégories: travailleurs, grandes entreprises, PME, free-lancers, initiatives locales, autorités locales et administrations publiques. A partir des études de cas, il a dressé une liste de sujets susceptibles d'intéresser ces différents utilisateurs: horaires de travail, protection des données, logiciel standard, contrôle de gestion et clauses de résiliation.

Pour chaque catégorie d'utilisateurs, la documentation présente le type de télétravail considéré ainsi que la marche à suivre pour y accéder, notamment à l'aide d'une liste récapitulative des éléments à prendre en considération, d'études de cas et de contrats. Les données sont croisées avec des liens hypertexte de sorte que quelques clics de souris suffisent pour obtenir l'information désirée. Les résultats sont présentés dans un «manuel» disponible sur le Web en anglais, français, allemand, espagnol et italien www.telework-mirti.org.



Questions

Le manuel de MIRTI soulève un certain nombre de questions. Premièrement, dans quelle mesure l'expérience reflétée dans les études de cas peut-elle être généralisée? Quelle en sera l'utilité pour plus tard, compte tenu de l'évolution de la technologie et des habitudes? Ces questions mettent à jour les limites de tout mode de transmission du savoir qui fixe celui-ci à un moment précis en le liant à un contexte particulier.

Deuxièmement, le travail d'élaboration et de rédaction des études de cas n'a pas forcément été réalisé par les acteurs eux-mêmes. Dans ces conditions, quelle est utilité d'un point de vue extérieur et quelle est la pertinence des mots employés pour l'exprimer? Ici est révélée la difficulté de créer un savoir spécialisé et d'essayer de le transmettre à des acteurs profanes plutôt que d'aider ces acteurs à acquérir ce savoir par eux-mêmes.

Il ne demeure pas moins que le manuel du MIRTI constitue un véritable exploit et devrait être d'une utilité considérable pour ceux qui sont confrontés au développement et à la gestion du télétravail.

Alan McCluskey est le rédacteur du bulletin d'information en ligne, «Connected».

Mise à jour par CL. Approuvée par KMK. Dernière modification: 28 septembre 1999.