LES CONSEQUENCES DE LA MONDIALISATION SUR L'EMPLOI DANS LE SECTEUR AGRICOLE ET LA SECURITE ALIMENTAIRE

GENEVE (Nouvelles du BIT) - Les participants à une réunion internationale sur les conditions d'emploi et de travail dans le secteur agricole ont demandé à l'Organisation internationale du Travail d'étudier les conséquences de la mondialisation dans ce secteur, le rôle des entreprises multinationales dans l'agriculture, et l'incidence de la libéralisation des échanges sur les produits agricoles, l'emploi, la sécurité alimentaire et la qualité des denrées alimentaires dans le monde.

Communiqué de presse | 27 septembre 1996

GENEVE (Nouvelles du BIT) - Les participants à une réunion internationale sur les conditions d'emploi et de travail dans le secteur agricole ont demandé à l'Organisation internationale du Travail d'étudier les conséquences de la mondialisation dans ce secteur, le rôle des entreprises multinationales dans l'agriculture, et l'incidence de la libéralisation des échanges sur les produits agricoles, l'emploi, la sécurité alimentaire et la qualité des denrées alimentaires dans le monde.

La demande émane de la Réunion tripartite sur l'amélioration des conditions d'emploi et de travail des ouvriers agricoles, qui termine ses travaux aujourd'hui. Des délégations représentant les employeurs, les gouvernements et les travailleurs de 30 pays ont participé à cette réunion d'une semaine, tenue au siège de l'OIT, à Genève.

Les délégués ont aussi préconisé que soient plus largement ratifiées et plus strictement appliquées les normes fondamentales du travail relatives à la négociation collective, à l'égalité de rémunération pour un travail égal et à l'élimination du travail des enfants.

Dans une résolution concernant les activités futures de l'OIT dans le domaine de l'agriculture, les participants font état des progrès réalisés dans le secteur agricole de certains pays, "en particulier en termes de croissance, de productivité, de compétitivité et d'amélioration des conditions de travail".

Ils estiment que, "dans la situation de forte concurrence qui est celle des marchés aujourd'hui, l'agriculture doit afficher des critères modernes de production, de compétitivité et de rentabilité", et soulignent que, "pour favoriser l'emploi, les gouvernements ont besoin de créer des conditions propices au développement des entreprises".

Les délégués constatent que le nombre des salariés agricoles "augmente en termes absolus et/ou relatifs par rapport à l'ensemble de la main-d'oeuvre agricole dans un certain nombre de pays" et que "la proportion de femmes parmi les ouvriers agricoles est en augmentation dans toutes les régions".

Ayant relevé que, "dans les pays ayant un taux de chômage et de sous-emploi élevé, la croissance agricole doit tendre à accroître les possibilités d'emploi et la productivité", ils concluent que la libéralisation des échanges "peut avoir des incidences positives et négatives sur la production agricole et sur les conditions de travail et de vie des ouvriers agricoles".

Estimant que la négociation libre et volontaire des conditions d'emploi et de travail entre employeurs et travailleurs est souvent indispensable pour améliorer la situation des salariés agricoles, les délégués encouragent les gouvernements à faciliter la négociation collective.

Pour améliorer la situation des travailleuses, "les gouvernements doivent s'efforcer d'adopter et d'appliquer des lois instituant une rémunération égale pour un travail de valeur égale ainsi que l'égalité de chances et de traitement dans le domaine de l'emploi et de l'activité professionnelle". Les délégués préconisent que des possibilités d'éducation et de formation soient offertes aux femmes qui travaillent dans le secteur agricole afin de leur permettre d'améliorer leurs qualifications et d'obtenir de meilleurs emplois.

Ils affirment que le travail est préjudiciable à la santé, à l'éducation et au développement physique des enfants. Reconnaissant la nécessité d'une croissance économique soutenue et d'une scolarisation universelle pour les garçons et les filles, ils déclarent qu'"à terme, il est impératif d'éliminer totalement toutes les formes de travail faisant appel aux enfants", et se prononcent en faveur de "l'abolition immédiate et inconditionnelle de l'emploi des enfants occupés ... dans des conditions d'esclavage et de servitude, à des travaux dangereux".

Ils recommandent que les gouvernements ratifient la convention (no. 99) sur les méthodes de fixation des salaires minima (agriculture), 1951, en vertu de laquelle les salaires doivent être déterminés conjointement par les organisations d'employeurs et de travailleurs ou décidés par l'Etat, "dans une enceinte appropriée et à l'issue de consultations avec les organisations d'employeurs et de travailleurs représentatives". En outre, ils estiment qu'"il faut ajuster périodiquement les salaires minima en prenant en compte l'évolution du coût de la vie ainsi que d'autres facteurs économiques de manière à éviter une augmentation du chômage et de l'inflation".

En ce qui concerne la santé et la sécurité au travail, les délégués concluent qu'il incombe aux gouvernements de s'employer à réviser et mettre à jour périodiquement la législation et la réglementation relatives à la sécurité et à la santé des travailleurs dans l'agriculture". Ils insistent non seulement sur la nécessité d'améliorer l'information relative aux risques que courent les travailleurs agricoles, mais aussi sur celle d'adopter un système correct d'homologation et d'étiquetage des produits chimiques. "L'étiquetage des produits, qu'il s'agisse de la langue ou de la formulation, doit être compréhensible pour les travailleurs qui utilisent les produits dans les champs. A cet effet, il convient de s'assurer la coopération des fabricants de produits chimiques. La réglementation qui régit la production, l'exportation, l'importation et l'emploi des produits chimiques utilisés dans l'agriculture doit être mise en conformité avec les recommandations internationales en vigueur".

Les participants ont adopté une résolution dans laquelle ils prient tous les Etats Membres de "ratifier et mettre en oeuvre les conventions relatives aux droits de l'homme fondamentaux". Note 1

Ils invitent également tous les Etats Membres à "envisager la ratification et à mettre en oeuvre les conventions suivantes d'une importance particulière pour le secteur de l'agriculture: la convention (no. 110) sur les plantations, 1958; la convention (no. 141) sur les organisations de travailleurs ruraux, 1975; la convention (no. 11) sur le droit d'association (agriculture), 1921; la convention (no. 129) sur l'inspection du travail (agriculture), 1969; la convention (no. 99) sur les méthodes de fixation des salaires minima (agriculture), 1951; la convention (no. 10) sur l'âge minimum (agriculture), 1921; la convention (no. 97) sur les travailleurs migrants (révisée), 1949; la convention (no. 143) sur les travailleurs migrants (dispositions complémentaires), 1975".

L'OIT, créée en 1919, compte aujourd'hui 174 Etats Membres.

Note 1 : Convention (no. 87) sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, 1948; convention (no. 98) sur le droit d'organisation et de négociation collective, 1949; convention (no. 29) sur le travail forcé, 1929; convention (no. 105) sur l'abolition du travail forcé. 1957; convention (no. 100) sur l'égalité de rémunération, 1951; convention (no. 111) concernant la discrimination (emploi et profession), 1958.