Journée internationale pour l'élimination de la pauvreté 2006 S'affranchir ensemble de la pauvreté par le travail

Cette année, le thème de la Journée internationale pour l'élimination de la pauvreté est "S'affranchir ensemble de la pauvreté par le travail". Près de la moitié des 2,8 milliards de travailleurs dans le monde sont dans l'incapacité de gagner suffisamment pour se hisser eux et leur famille au-dessus du seuil de pauvreté de 2 dollars par jour. Promouvoir des opportunités de travail décent pour tous est par conséquent une dimension vitale des efforts mondiaux visant à atteindre l'objectif international de développement de réduire de moitié le nombre de personnes vivant dans une extrême pauvreté d'ici à 2015, selon Juan Somavia, Directeur général du BIT.

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Type Article
Date de parution 16 octobre 2006
Unité responsable Communication et information au public
Sujet lutte contre la pauvreté
Autres langues Español • English

BIT en ligne: Un sentiment se répand progressivement dans le monde: les riches seraient toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres. Partagez-vous ce sentiment?

Juan Somavia:
Près de la moitié des travailleurs dans le monde ne gagnent pas plus de 2 dollars par jour par personne, pour eux et leur famille. Cela représente à peu près le même nombre qu'en 1994 en valeur absolue, mais juste un peu moins de la moitié de la main-d'œuvre mondiale, comparé à 57 pour cent à ce moment-là. A l'exception de l'Afrique subsaharienne, toutes les autres régions en développement ont connu un recul de la part des travailleurs pauvres dans l'emploi total. La Chine et ses voisins d'Asie de l'Est expérimentent le plus fort recul. C'est un progrès appréciable mais, par exemple, même si les performances de l'Inde en termes de forte croissance et de réduction de la pauvreté des années 2000-2005 se poursuivent, cela demandera encore un siècle pour rattraper le niveau actuel des pays à hauts revenus.

D'autre part, les inégalités internes se creusent. Sur les 73 pays pour lesquels on dispose de données, 53 pays qui représentent plus de 80 pour cent de la population mondiale ont connu une hausse des inégalités, contre 9 seulement qui les ont vu se combler ( Note 1).

BIT en ligne: La pauvreté ne concerne-t-elle que le monde en développement?

Juan Somavia:
Non. Le taux moyen de pauvreté, selon le seuil de pauvreté fixé à 50 pour cent du niveau de vie médian, pour les 20 pays de l'OCDE en 2000 était de 10,6 pour cent. C'est plus que le niveau du milieu des années 90 lorsque la moyenne était de 10 pour cent. Les taux de pauvreté étaient de plus de 15 pour cent en Irlande, au Japon, aux Etats-Unis et en Turquie et supérieur à 20 pour cent au Mexique. La pauvreté des enfants a augmenté dans les années 90 et les progrès en matière de réduction de la pauvreté chez les personnes âgées ont ralenti.

BIT en ligne: Les inégalités croissantes en matière de revenus vont-elles de pair avec une hausse des inégalités de salaires?

Juan Somavia:
Les inégalités ont considérablement augmenté dans la plupart des économies de transition; elles ont aussi notablement crû dans les pays d'Amérique Latine. La situation est variable en Asie où certains pays ont réussi à réduire les inégalités de revenus mais où d'autres, tels que la Chine et le Sri Lanka, ont connu des hausses marquées. Les inégalités de revenus bruts - mesurées parmi la population salariée - ont augmenté en moyenne dans les pays de l'OCDE pour lesquels des données sont disponibles.

Les disparités croissantes des salaires et les inquiétudes relatives à la pauvreté parmi les travailleurs les plus vulnérables ont attiré l'attention sur les systèmes de salaire minimum. Un certain nombre de pays ont mené de remarquables efforts pour étendre la protection du salaire minimum aux travailleurs qui jusque-là n'étaient pas couverts. Ainsi, l'inclusion par l'Afrique du Sud des travailleurs domestiques et agricoles en 2000-2001, l'extension par la Bolivie du salaire minimum aux travailleurs agricoles en 2005, l'intégration par la Chine des travailleurs domestiques en 2003.

BIT en ligne: Néanmoins, un grand nombre des plus pauvres dans le monde vivent de l'agriculture de subsistance. Au regard de l'ampleur de ce secteur, que peut-on faire pour améliorer la situation?

Juan Somavia:
Trois-quarts des personnes les plus pauvres dans le monde vivent dans les régions rurales des pays en développement. L'amélioration de la productivité, des revenus et des conditions de travail dans l'agriculture est vitale pour le développement. Réduire l'extrême pauvreté est donc dans une large mesure une question d'amélioration du pouvoir d'achat des travailleurs agricoles et des petits exploitants, et de développement d'offres d'emploi non agricoles dans les zones rurales.

En plus d'investir dans les infrastructures et dans l'éducation, briser les poches de pauvreté rurale nécessite un effort considérable pour développer des organisations collectives de travailleurs et de petits fermiers telles que les coopératives.

BIT en ligne: Dans quelle mesure la sécurité sociale peut-elle contribuer à réduire la pauvreté et les inégalités?

Juan Somavia:
Un certain nombre de pays en développement ont, au cours des dernières années, introduit des systèmes de retraites et d'allocations familiales financés par des fonds publics, ce qui se révèle être un moyen efficace de lutte contre la pauvreté. Des preuves tangibles d'expériences réussies nous viennent de pays aussi différents que le Brésil, l'île Maurice, la Namibie, le Népal et l'Afrique du Sud. Bien que ces pays montrent la voie en luttant contre la pauvreté grâce à des mécanismes de sécurité sociale, seule une personne sur cinq dans le monde bénéficie d'une couverture sociale appropriée. Les quatre autres en ont tout aussi besoin mais doivent d'une certaine manière s'en passer. C'est pourquoi l'OIT lance une Campagne mondiale sur la sécurité sociale et la couverture pour tous pour encourager à étendre la couverture sociale comme moyen de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale.

BIT en ligne: Que peut-on faire d'autre pour réduire la pauvreté dans le monde?

Juan Somavia:
Un immense effort est nécessaire pour améliorer la productivité, les revenus et les conditions de travail de manière à réduire la pauvreté qui touche près de la moitié des travailleurs dans le monde. Nous vivons une époque d'opportunités et d'incertitudes dans laquelle certains des obstacles qui ont empêché des hommes et des femmes de pleinement réaliser leur potentiel sont tombés mais dans laquelle les bons emplois qui apportent la sécurité nécessaire pour bâtir une vie meilleure sont de plus en plus difficiles à trouver.

La nécessité d'endiguer la misère absolue et de réduire les disparités de revenus est largement reconnue, aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement, comme essentielle sur le plan moral aussi bien que comme moyen de lutter contre les causes sous-jacentes de l'instabilité sociale, économique et politique. Dans le monde entier, des élections se gagnent ou se perdent fréquemment sur la question de l'emploi.

BIT en ligne: Comment peut-on combiner l'Agenda de l'OIT pour le travail décent avec des stratégies de réduction de la pauvreté et d'une mondialisation juste?

Juan Somavia:
Notre organisation a pour mandat d'apporter son appui aux gouvernements, aux organisations de travailleurs et d'employeurs dans leurs efforts pour atteindre l'objectif du travail décent pour tous. Et dans un monde où les influences internationales sur le travail et sur le marché de l'emploi sont de plus en plus fortes, l'OIT, à travers l'engagement de ses mandants, pourrait vraiment faire la différence dans la manière dont le monde du travail évolue.

Cependant, traduire l'objectif du travail décent pour tous dans la pratique requiert un éventail de politiques qui dépasse les principaux domaines d'expertise de l'OIT et de ses mandants. Le travail décent comme objectif global exige une approche concertée par le système multilatéral dans son entier, l'OIT jouant un rôle majeur en facilitant l'intégration de l'Agenda pour le travail décent dans les stratégies de réduction de la pauvreté et d'une mondialisation juste et fédératrice.


Note 1 - Pour plus d'informations vous pouvez consulter les Changements dans le monde du travail, Rapport du Directeur général à la Conférence internationale du Travail, 95e session 2006, Bureau international du Travail, Genève; S'affranchir de la pauvreté par le travail, Rapport du Directeur général à la Conférence internationale du Travail, 91e session 2003, Bureau international du Travail, Genève. Pour commander des exemplaires, veuillez consulter www.ilo.org/publns.

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