GENÈVE (BIT en ligne) - Bonne nouvelle, les consommateurs vont bientôt pouvoir retracer l'origine de la nourriture qu'ils achètent grâce aux étiquettes d'identification par radiofréquence, puces électroniques équipées d'antennes miniatures.
Ce procédé permet la transmission sans fil d'informations relatives au produit telles que le prix, le fabricant, la date d'expiration et le poids, via les ondes radio. Avec le remplacement des codes barres à lecture par rayon laser par les minuscules puces servant à l'identification par radiofréquence, il est possible d'identifier automatiquement et simultanément les produits au lieu d'être obligé de scanner chaque article séparément, ce qui permet aux détaillants et à leurs fournisseurs d'avoir accès en temps réel à une quantité sans précédent de flux de produits précis, depuis l'usine jusqu'à l'entrepôt et aux magasins.
Parmi les autres avantages se trouvent une meilleure sécurité alimentaire grâce à une capacité renforcée de tracer le bétail, d'accéder à l'information, de lutter contre les produits de contrefaçon, d'accélérer les paiements dans les points de vente, de déjouer les vols à l'étalage, de faciliter les retours marchandises et les procédures de rappel de produits, d'améliorer le contrôle des stocks et une multitude d'autres fonctions.
De nombreux experts du commerce de détail estiment que, compte tenu de tous ces atouts, les étiquettes RFID vont remplacer les codes-barres en tant qu'outil fiable du commerce de détail au cours de la prochaine décennie.
"Nous verrons progressivement la RFID remplacer les codes-barres pour certains produits mais la technologie ne sera pas utilisée pour identifier tous les produits avant une bonne quinzaine d'années au moins", affirme Gerd Wolfram, Directeur exécutif de MGI, le Groupe Metro des technologies de l'information lors d'une conférence de presse en mars 2006 à Hanovre, en Allemagne, en ouverture du Salon CEBIT.
Le Groupe Metro, le quatrième plus grand détaillant au monde en termes de ventes, tire déjà de nets avantages de l'adoption de la RFID. Dans les tests pilotes, les coûts d'entreposage ont été réduits de 11 pour cent et les ruptures de stocks ont baissé de 14 pour cent alors que les pertes de marchandise étaient réduites de près de 18 pour cent. Le Groupe Metro, qui utilise dorénavant la technologie RFID sur 22 sites et compte plus de 40 partenaires dans l'industrie des biens de consommation qui fixent des transpondeurs aux palettes destinées à ses détaillants, figure parmi les pionniers en matière de technologie dans le secteur du commerce de détail.
John Clarke, Directeur de la Technologie au sein du Groupe Metro pour les magasins Tesco du Royaume Uni approuve les prévisions de gains significatifs que pourraient apporter les "codes-barres radio", soulignant les énormes bénéfices pour les consommateurs en termes de meilleure disponibilité et de plus grande vitesse de rotation des produits, qui se traduiront peut-être par une réduction des coûts et donc des prix plus bas.
Partout dans le monde, d'autres détaillants ont déjà adopté la technologie ou l'expérimentent dans différentes opérations.
Au Japon par exemple, des distributeurs tels que Hankyu, Lawson et Izumiya passent de l'expérimentation dans le contexte du Projet japonais de Magasin du futur qui s'est achevé en janvier de cette année à un magasin entièrement équipé RFID. De la même manière en Chine, le plus gros détaillant du pays, le Groupe Bailian basé à Shanghai est dans la seconde phase du programme d'essai de la RFID pour tracer les produits au sein de son centre de distribution, ainsi que les expéditions de certains de ses fournisseurs.
"Étant donné le coût élevé de la mise en place de la RFID, il est bien clair que seuls les plus importants distributeurs disposant de ressources financières suffisantes pourrant déployer cette technologie. Les coûts d'infrastructure pour un gros détaillant sont estimés entre 340 et 380 millions de dollars pour une entreprise disposant d'environ huit centres de distribution et de plus d'un millier de magasins", explique John Sendanyoye, expert auprès du BIT pour le secteur du commerce.
Alors que les coûts de la RFID sont prohibitifs pour la plupart des détaillants, sauf les plus gros, les économies potentielles sont immenses. Les projections d'économies annuelles réalisables grâce à cette technologie pour le plus grand distributeur mondial, Wal-Mart, pourraient s'élever à 8,35 milliards de dollars par an avec la RFID - plus que la totalité des recettes de la moitié des sociétés figurant dans le classement Fortune 500. Wal-Mart investit environ 3 milliards de dollars sur plusieurs années dans cette nouvelle technologie.
Crainte de pertes d'emplois
Puisque les nouvelles technologies telles que la RFID peuvent réduire les besoins de main d'œuvre, leur introduction s'accompagne inévitablement de craintes pour l'emploi. Le distributeur allemand Metro a reconnu que le déploiement de la RFID dans les opérations de la société va "rendre superflus des milliers d'emplois". La société souligne cependant que les travailleurs concernés pourront être réaffectés à des emplois de service à la clientèle, ce qui sera positif pour eux comme pour la société.
L'entreprise met en avant les efforts fournis pour préparer son personnel à l'application de la RFID et faire participer les employés à titre individuel et les membres des comités d'entreprise des magasins, points de vente et entrepôts concernés. Tous les employés des marques et sociétés concernées par la mise en oeuvre de la technologie avaient suivi une formation complète et le personnel était tenu informé de l'évolution de la technologie RFID grâce à l'Intranet de l'entreprise et au journal du personnel.
En plus d'informer le comité d'entreprise avant la mise en oeuvre de la RFID, l'entreprise poursuit un dialogue permanent avec les syndicats allemands sur cette question, leur offrant des visites guidées du Magasin du futur ou des exposés sur les changements des conditions sur le lieu de travail.
"Comme la mise en place de la RFID modifie les attentes vis-à-vis des employés, avec l'élimination des tâches routinières dans les entrepôts, il est possible de réorienter le personnel vers des tâches à plus forte valeur ajoutée, notamment les services de conseil à la clientèle. Les mesures d'appui au personnel pour faciliter la transition comprennent une formation et un plan de carrière", explique M. Sendanyoye.
Un certain nombre de syndicats sont critiques sur certains aspects des applications de la RFID sur le lieu de travail, en particulier sur un mauvais usage possible de ses capacités pour suivre les mouvements du personnel et le surveiller. Selon le rapport, il existe encore peu de règles à ce sujet, étant donné qu'il s'agit d'une technologie naissante. Pour les avocats de la RFID cependant, les craintes du public sont une réminiscence de la brève angoisse qui s'était fait jour lors de l'introduction des codes-barres.
Le rapport recommande d'instaurer un dialogue approfondi entre travailleurs et employeurs sur les préoccupations relatives à la sphère privée, les effets sur l'emploi, les compétences et la formation pour l'employabilité. Selon le rapport du BIT, avec un dialogue social poussé et une formation adaptée, travailleurs et employeurs peuvent obtenir des résultats bénéfiques pour tous, avec une productivité accrue, une plus grande satisfaction de la clientèle et de meilleures conditions de travail.
Parallèlement à une discussion du rapport, la réunion tripartite de l'OIT adoptera aussi un ensemble de conclusions sur les moyens de concilier les intérêts des parties prenantes dans le contexte d'évolution de l'emploi et proposera un programme d'activités de suivi visant à faire appliquer ces conclusions.
"Puisque le remplacement complet des codes-barres par la nouvelle technologie RFID ne sera pas achevé avant au moins quinze ans, les pouvoirs publics et les partenaires sociaux auront suffisamment de temps pour examiner toutes les implications de la technologie et pour se mettre d'accord sur des mesures qui garantissent que ses avantages dépassent de loin ses inconvénients. La réunion de l'OIT, la première en son genre au niveau international, est un important pas en avant", conclut M. Sendanyoye.
Note 1 - Conséquences sociales et dans le domaine du travail du recours accru aux technologies les plus modernes dans le commerce de détail, rapport aux fins de discussion à la Réunion tripartite sur les conséquences sociales et dans le domaine du travail du recours accru aux technologies les plus modernes dans le commerce de détail, Bureau international du Travail, ISBN 978-92-2-218652-5, Genève, 2006. Pour commander un exemplaire, veuillez consulter www.ilo.org/publns.