Pertes d'emplois dans l'industrie du pétrole et du gaz: L'amélioration des relations professionnelles s'impose

Type Press release
Date de parution 21 février 2002
Référence BIT/02/05
Unité responsable Communication et information au public
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GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Du fait du changement des structures dans les entreprises, et de la privatisation, le volume des effectifs dans l'industrie mondiale du pétrole et du gaz a diminué de façon spectaculaire au cours des vingt-cinq dernières années, s'il faut en croire un rapport * du Bureau international du Travail (BIT) qui vient d'être distribué en vue d'une réunion tripartite des experts de cette industrie, qui durera cinq jours et qui commencera le 25 février. Selon le BIT, cette diminution du nombre des travailleurs dans l'industrie met en lumière un besoin impératif d'améliorer les relations professionnelles. Des questions telles que la liberté syndicale, le droit de s'organiser et la négociation collective sont d'autant plus importantes qu'elles servent souvent d'argument en faveur de la restriction du droit de grève dans les industries du pétrole et du gaz lorsqu'elles sont considérées comme des services essentiels.

Les pressions économiques, commerciales et politiques constantes qui s'exercent sur ces industries confèrent une certaine urgence à la réunion, qui devrait débattre des principaux problèmes qui peuvent surgir de la promotion de bonnes relations professionnelles par le dialogue social.

Le rapport élaboré pour la réunion offre un panorama très sombre de l'emploi. Rien qu'aux Etats-Unis, l'emploi dans les industries du gaz et du pétrole s'est effondré en huit ans, passant de 1,65 million de travailleurs en 1982 à à peine 640 000 actuellement. Au Canada, 2 250 emplois ont disparu en 1998 lorsque les activités de forage pétrolier ont diminué de 10 pour cent.

Selon le rapport, le panorama est tout aussi sombre dans d'autres régions. Entre 1998 et 2000, l'emploi en Norvège a chuté de 20 pour cent à cause notamment de l'annulation ou de l'ajournement de nouveaux projets de développement, compte tenu des incertitudes qui pesaient sur les prix du pétrole. Le domaine le plus durement frappé a été celui de la construction et de la maintenance des plates-formes de forage en mer et des navires de haute mer, où le nombre des emplois a chuté, passant de 43 500 à 27 750.

La Chine, qui compte parmi les dix premiers producteurs de pétrole dans le monde, emploie environ trois millions de travailleurs dans le secteur du pétrole et du gaz. L'une des deux entreprises qui dominent le secteur a récemment licencié près de 14 000 travailleurs au cours d'un processus de restructuration.

Le BIT fait observer qu'au Royaume-Uni, l'Association des sous-traitants offshore a publié une étude montrant qu'une baisse de 50 pour cent des ventes aux industries du pétrole et du gaz signifierait que près d'un tiers des sociétés qui fournissent des biens ou des services devraient cesser leurs activités ou bien réduire leur main-d'œuvre de 75 pour cent. Le rapport précise que, sur 382 000 emplois dans le secteur des activités pétrolières en mer du Royaume-Uni, 219 000 appartiennent au secteur de la sous-traitance.

L'une des raisons qui explique ce grand nombre de licenciements est l'externalisation des tâches et de la technologie pour tenter de rationaliser les opérations. Même en 1999, période où les prix du pétrole brut ont atteint un niveau record, les plus grandes sociétés pétrolières des Etats-Unis ont supprimé près de 40 000 emplois et, selon le rapport, ces suppressions ne peuvent pas toutes être attribuées aux fusions.

A la différence du secteur de la prospection et de la production, les chiffres de l'emploi du secteur du raffinage sont demeurés fondamentalement inchangés depuis 1990, malgré une rationalisation continue et une réduction des effectifs en Europe et aux Etats-Unis.

Cette stabilité du nombre des emplois s'explique par le fait que l'essentiel du raffinage s'est déplacé vers la région Asie-Pacifique, notamment, et vers le Moyen-Orient. Le nombre de personnes employées dans le raffinage dans la région Asie-Pacifique a augmenté, passant de 590 000 en 1990 à 850 000 en 1997, tandis qu'en Europe occidentale ces chiffres ont accusé une baisse, passant de 110 000 personnes en 1990 à 90 000 au cours de la même période. Ce déclin a été plus fort encore en Europe centrale et orientale où les effectifs ont baissé de 25 pour cent entre 1990 et 1997.

Amélioration générale des conditions de travail

Cependant, selon Yasuhiko Kamakura, expert du BIT dans le secteur du pétrole et du gaz, les nouvelles ne sont pas entièrement mauvaises. «Il s'agit d'industries stratégies dotées de conditions de travail particulières.» explique-t-il. «En principe, partout dans le monde, les gains sont plus élevés en moyenne que ceux de toute autre industrie et les heures de travail sont plus courtes et plus flexibles.»

Ainsi aux Etats-Unis, les gains hebdomadaires moyens d'un travailleur de la production dans le secteur du raffinage du pétrole étaient d'environ 1 100 dollars en 2000 - c'est-à-dire deux fois plus que le salaire moyen d'environ 600 dollars hebdomadaires que reçoivent les travailleurs de la production en général.

Par ailleurs, les gains se sont également accrus dans le secteur de la production et du raffinage partout dans le monde. En Chine, les salaires mensuels ont doublé au cours des sept dernières années. En Turquie, ils se sont accrus de 800 pour cent entre 1996 et 2000.

Partout aussi, la sécurité et la santé au travail se sont améliorées. Selon l'Organisation européenne des compagnies pétrolières pour la protection de l'environnement et de la santé (CONCAWE), le nombre de lésions professionnelles par million d'heures travaillées était de 4,3 en 1999, soit légèrement moins que la moyenne des quatre dernières années. Selon le American Petroleum Institute (API), le nombre de lésions professionnelles pour 100 travailleurs a diminué, passant de 1,95 en 1997 à 1,34 en 1998.

Cependant, les travailleurs sur les plates-formes de forage en mer ont cinq fois plus de probabilité d'être victimes d'une lésion que les autres travailleurs en mer. Selon le rapport, au cours des vingt dernières années, 60 travailleurs en moyenne perdent la vie chaque année à cause d'accidents en mer.

Restrictions à la liberté d'association dans les industries du pétrole et du gaz

Le rapport du BIT déplore que les gouvernements de plusieurs pays producteurs de pétrole et de gaz aient imposé des restrictions à la liberté syndicale. La plupart des cas rapportés ont trait à des limitations du droit de grève.

Pour donner suite aux commentaires de la Commission d'experts pour l'application des conventions et recommandations du BIT, le gouvernement de la Norvège a amendé sa législation de manière à supprimer certaines restrictions imposées au droit de grève dans l'industrie du pétrole. La commission avait explicitement jugé que le secteur du pétrole ne constituait pas un service essentiel, comme par exemple le secteur hospitalier, les services d'électricité, d'approvisionnement en eau, les services téléphoniques et les contrôles du trafic aérien.

Au Brésil, les recommandations de la commission relatives à une grève des travailleurs du pétrole en 1995 n'ont pas été entièrement suivies. A titre de solution provisoire, les législateurs du Brésil ont octroyé une amnistie aux syndicats du pétrole qui s'étaient vu infliger de lourdes amendes, dépassant 60 millions de dollars des Etats-Unis, pour avoir fait grève.

Le rapport estime que les problèmes de fond relatifs aux droits syndicaux au Nigéria sont restés inchangés. Entre 1998 et 2001, la commission d'experts du BIT a constaté qu'un certain nombre de plaintes pour violation des droits fondamentaux des travailleurs avaient été déposées à l'encontre du gouvernement. Selon les plaignants, la loi sur les syndicats au Nigéria n'autorise pas les travailleurs à constituer le syndicat de leur choix et à s'y affilier et ils seront obligés d'adhérer au syndicat désigné expressément par la loi. Cette loi vise manifestement à empêcher les travailleurs de constituer leur propre syndicat, du fait qu'elle prescrit le nombre de 50 travailleurs pour pouvoir constituer un syndicat.

* «La promotion de bonnes méthodes de relations professionnelles dans le secteur du raffinage du pétrole et de la production de pétrole et de gaz», rapport soumis aux fins de discussion à la Réunion tripartite sur la promotion de bonnes méthodes de relations professionnelles dans le secteur du raffinage du pétrole et de la production de pétrole et de gaz
(25 février - 1 er mars 2002). Document TMOR/2002. Bureau international du Travail, Genève, 2002. ISBN 92-2-212812-5. Prix: 15 francs suisses.

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