La Conférence internationale du Travail prend pour cible les formes abusives de travail des enfants

Type Press release
Date de parution 1 juin 1999
Référence BIT/99/16
Unité responsable Communication et information au public
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GENÈVE (Nouvelles du BIT) - L'action internationale visant à améliorer le sort de millions d'enfants qui travaillent et à assurer un travail décent aux hommes et aux femmes partout dans le monde a occupé le devant de la scène à l'ouverture aujourd'hui à Genève de la 87 e session de la Conférence internationale du Travail. La Conférence, à laquelle participent des délégations tripartites représentant les gouvernements, les employeurs et les travailleurs des 174 Etats Membres de l'OIT, devrait adopter une Convention et une Recommandation internationales historiques sur l'élimination des pires formes de travail des enfants.

M. Juan Somavia, Directeur général du BIT, a indiqué que, «dans un monde où il est si difficile de trouver une cause susceptible d'unir les cœurs et les esprits, il faudrait faire de l'éradication des pires formes de travail des enfants une cause qui rassemble le monde entier».

Déclenchant les applaudissements des délégués, le Directeur général a déclaré: «L'élimination des pires formes de travail des enfants devrait devenir une cause mondiale. Aucune famille dans le monde ne souhaite voir ses enfants en proie à pareilles situations. Partout dans le monde, les enfants disent à leurs parents « sauvez-moi, je vous en prie» des pratiques odieuses spécifiquement visées par cette Convention. Nous ne devrions pas abandonner ces familles.»

La première question à l'ordre du jour de la Conférence était l'élection de son Président, qui a été désigné en la personne de son Excellence M. Alhaji Mohammad Mumuni, ministre du Travail de la République du Ghana, qui présidera cette session dont les travaux se poursuivront jusqu'au 17 juin.

Les Vice-présidents de la Conférence sont M. Ali Khalil (Syrie) du groupe gouvernemental, M. Tom Diju Owuor (Kenya), représentant le groupe des employeurs, et M me Patricia O'Donovan (Irlande), représentant le groupe des travailleurs.

Prenant la parole suite à son élection, M. Mumuni a déclaré au sujet de cette session de la Conférence internationale du Travail, la dernière du XX e siècle, «qu'il lui appartient de concrétiser l'espoir de la communauté internationale que des progrès décisifs soient accomplis dans les grands domaines critiques tels que le travail des enfants, la protection de la maternité et le rôle de l'OIT dans la coopération technique».

L'orateur a appelé les délégués à la Conférence de parvenir à un consensus sur les efforts à déployer en vue de l'adoption d'une Convention et d'une Recommandation visant à éliminer les pires formes de travail des enfants: «Notre ambition est d'arrêter des mesures tendant à protéger les droits de l'enfant et d'aider ainsi les générations à venir à relever les défis futurs.»

M. Mumuni a engagé l'OIT à «maintenir son autorité et à exercer avec ténacité son emprise sur les normes du travail et les problèmes sociaux, ainsi qu'à poursuivre avec un surcroît d'énergie son objectif essentiel qui est de promouvoir la justice sociale».

A cet effet, l'orateur a déclaré que «tout devrait être mis en œuvre pour veiller à ce que la Déclaration de l'OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail soit utilisée pour mettre en évidence les normes du travail et les principes fondamentaux relatifs à la liberté syndicale, à la lutte contre le travail forcé et le travail des enfants ainsi qu'à l'égalité des chances, sans distinction de sexe, de race ou de croyance».

La Déclaration de l'OIT, qui a été adoptée par la Conférence internationale du Travail à sa dernière session, ne doit surtout pas servir «à des fins commerciales protectionnistes punitives ou à d'autres fins inavouées qui porteraient atteinte à la crédibilité de l'Organisation», a-t-il ajouté.

Avec la diminution des ressources financières destinées aux pays appauvris, l'OIT «voudra peut-être revoir son activité de coopération technique en vue de renforcer et de diversifier le soutien apporté en faveur d'un travail décent, surtout pour les communautés les moins privilégiées».

S'adressant aux participants à la séance d'ouverture, le Directeur général du BIT, M. Juan Somavia, a plaidé en faveur d'une modernisation de l'Organisation, face au défi de la mondialisation, et a souligné que l'adoption et l'application d'une nouvelle Convention et Recommandation sur les pires formes de travail des enfants «constitueraient une contribution extraordinaire à la création d'un monde meilleur».

Le Directeur général a présenté les quatre objectifs stratégiques qui définiront l'action de l'OIT dans les années à venir, à savoir: la promotion des principes et droits fondamentaux au travail, qu'il a qualifiée de «mandat historique de l'OIT»; la création d'emplois, le «mandat politique, celui qui émane de la rue, des gens»; la protection sociale, le «mandat éthique»; et la promotion du tripartisme et du dialogue social, «principe organisationnel de l'OIT».

Parmi les formes de travail des enfants visées par la nouvelle Convention, on mentionnera l'esclavage des enfants, le travail forcé, la traite, la servitude pour dettes, le servage, la prostitution, la pornographie, ainsi que différentes formes de travail dangereux et d'exploitation du travail des enfants.

Par ailleurs, M. Somavia, qui participe à sa première Conférence en tant que Directeur général, a demandé que soit renforcée la présence de l'OIT dans le monde en insistant sur le fait que son influence dépendrait de la qualité de son travail. «Les valeurs universelles incarnées par l'OIT doivent absolument être placées au centre de toute analyse sociale et économique», a-t-il déclaré.

«Le principal défi que nous devons relever est de définir le rôle qui nous est dévolu dans ce monde nouveau qui est le nôtre. Il est évident que l'on se préoccupe de plus en plus des conséquences sociales de la mondialisation dans tous les pays. Nous savons qu'une projection mécanique des tendances actuelles ne nous permettra pas de résoudre les problèmes, de mettre fin aux incertitudes, de dissiper les doutes qui assaillent tant de personnes et tant de familles à travers le monde.»

«Tout en reconnaissant qu'il n'existe pas de solution toute prête», M. Somavia a estimé que «l'OIT devrait se doter des moyens nécessaires pour contribuer à la mise en place d'un nouveau paradigme qui permette de comprendre tout à la fois les effets sociaux des politiques macroéconomiques, les conséquences économiques des politiques sociales et l'effet des deux sur la croissance, l'investissement, la création d'entreprises et d'emplois décents.»

Il a ensuite fustigé les déficiences du système multilatéral, selon lui «structuré de manière exclusivement thématique: le FMI pour les finances, d'autres pour l'agriculture, l'éducation ou la santé, et l'OIT pour le travail». «Il ne saurait pourtant y avoir de solution sectorielle aux problèmes globaux», a-t-il ajouté.

Quant à l'économie de marché, malgré une efficacité nettement supérieure à celle d'une économie dirigée, «sa crédibilité sera mise à mal sur le plan politique si les bienfaits de ce système ne sont pas répartis de manière équitable».

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