Le BIT souhaite développer une capacité de «réponse rapide» pour les crises futures

Type Press release
Date de parution 16 mars 1999
Référence BIT/99/6
Unité responsable Communication et information au public
Autres langues Español • English

GENÈVE (Nouvelles du BIT) - La situation critique dans laquelle se trouvent les entreprises et les travailleurs asiatiques et la réponse du BIT aux difficultés économiques de la région, qui ont entraîné de nombreuses faillites et la perte de plus de 24 millions d'emplois pour la seule Asie de l'Est, seront étudiées par le Conseil d'administration du BIT dans le cadre d'un colloque spécial de deux jours qui s'ouvre vendredi 19 mars au siège du BIT à Genève.

Un rapport préparé pour ce colloque souligne que la majeure partie des pertes d'emplois se sont produites dans les secteurs modernes de l'industrie et des services des économies est-asiatiques - dans lesquels les salaires, la productivité et les conditions de travail ont tendance à être supérieurs à la moyenne - forçant un nombre croissant de travailleurs à rejoindre les secteurs informel ou agricole qui sont déjà pléthoriques et offrent généralement de moindres chances de revenus. 1

Les taux de chômage ont presque doublé à Hong Kong, Chine, et aux Philippines, passant, respectivement, de 2,8 à 5% et de 7,4 à 13% entre 1996 et 1998 (voir tableau). D'autres pays ont vu le chômage visible tripler voire quadrupler, notamment l'Indonésie qui est passée de 4 à 12% durant la même période, la République de Corée (de 2,6 à 7,6%), la Malaisie (de 2,5 à 6,7%) et la Thaïlande (de 1 à 4,4%). D'après les tendances actuelles, la spirale ascendante de la croissance du chômage semble marquer le pas, mais le chômage continue d'augmenter à partir des hauts niveaux établis sur la plupart des marchés du travail de la région et s'accompagne souvent de conséquences désastreuses pour les travailleurs et leurs familles.

Le colloque doit aussi se pencher sur les appels lancés en faveur d'un renforcement de la capacité d'analyse économique de l'OIT et en faveur d'une stratégie de «réponse rapide» visant à atténuer les retombées sociales des futures crises. Le Directeur général du BIT, M. Juan Somavia, a fait de la mise sur pied d'une telle capacité l'une de ses principales priorités opérationnelles:

«Les baisses subites de niveaux de vie engendrées par l'instabilité financière doivent être traitées avec la même vigueur et le même effort visant à les endiguer que lorsqu'il s'agit de baisses de valeurs boursières. L'OIT a un rôle particulier à jouer en réponse à ces préoccupations. Dans le contexte actuel d'un ordre économique mondial interdépendant mais instable, l'Organisation doit développer sa capacité de réaction face aux événements imprévus et sa capacité à répondre aux situations critiques affectant le monde du travail», a déclaré M. Somavia.

M. Somavia a affirmé qu'à la lumière des événements, «l'Asie a besoin d'un nouveau contrat social, basé sur la reprise de la croissance économique et sur le renforcement des institutions démocratiques et du tripartisme».

Le rapport préconise également une participation accrue et une meilleure coordination des efforts avec ceux déployés par les autres institutions internationales: «L'OIT doit chercher à établir un dialogue plus étroit avec les institutions de Bretton Woods (c'est-à-dire la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et l'Organisation mondiale du commerce) non seulement pour atténuer les crises mais aussi en insistant pour que ses préoccupations soient prises en compte lors de l'élaboration des politiques de croissance, de sorte que ces politiques bénéficient à l'emploi, aux salaires et aux revenus».

Alors que l'analyse du BIT reconnaît le caractère indispensable d'un retour préalable à la croissance économique pour pouvoir surmonter les conséquences sociales de la crise, la probabilité d'un retour aux taux de croissance de 7 à 8% des décennies précédentes est faible voire nulle. «Etant donné que la croissance, dans un avenir prévisible, ne sera probablement pas suffisante pour renverser la tendance actuelle à une hausse du chômage et de la pauvreté, il est aussi important de repenser radicalement la dimension sociale du développement international que d'analyser les aspects purement économiques et financiers qui sont actuellement au centre du débat qui occupe l'Asie de l'Est», a déclaré Eddy Lee, économiste du BIT et auteur d'une étude récente sur la crise asiatique.

La crise financière, qui a frappé l'Asie au milieu de l'année 1997, a entraîné de profondes récessions et de fortes hausses de la pauvreté dans ce qui était alors, depuis plusieurs décennies, la zone de croissance économique la plus dynamique du monde. «De brutales dévaluations pouvant aller jusqu'à 80% combinées à une chute du prix des valeurs mobilières et des actifs ont provoqué une forte baisse de la production, de la consommation et des revenus moyens», relève un rapport préparé pour les membres du Conseil d'administration.

L'ampleur du choc a entraîné des baisses de PIB qui atteignaient, à la fin de 1998, 15% en Indonésie, l'économie la plus touchée de la région, 6,5% en Thaïlande, 5% en République de Corée et 3 à 4% en Malaisie et à Hong Kong, Chine. Les prévisions de croissance au Japon, à Singapour, aux Philippines et au Viet-Nam ont été fortement revues à la baisse et les effets du ralentissement se sont fait ressentir à travers le monde entier.

Etant donné que les fortes compressions de personnel sur le marché du travail sont loin d'avoir été couvertes par une quelconque forme d'assurance-chômage, un nombre croissant de travailleurs en sont réduits à se débrouiller par eux-mêmes et tombent dans le sous-emploi et l'emploi indépendant associé à des activités du secteur informel. Alors que les taux de pauvreté augmentent, les groupes vulnérables, en particulier les femmes et les travailleurs migrants, risquent fort de basculer dans la pauvreté, avertit le rapport.

«En l'absence, dans la région, de systèmes de protection sociale adéquats, les rigueurs économiques et sociales découlant de la crise ont été directement supportées par les travailleurs et les membres de leurs familles», indique le rapport. Dans les conditions actuelles, le BIT prévient que «le facteur risque lié au travail des enfants augmente à mesure que les familles sont contraintes par la crise de réduire les dépenses».

Dans le cadre de sa réponse à la crise, le BIT s'est essentiellement attaché à préconiser des politiques génératrices d'emplois, à renforcer le tripartisme et à intensifier ses activités sur le terrain, en particulier à destination des groupes vulnérables et en faveur des programmes de travaux publics ainsi que de l'amélioration de la couverture sociale.

De façon plus précise, ces activités consistent à:

  • créer une capacité institutionnelle dans les domaines sociaux où elle fait défaut, en particulier en renforçant les syndicats et les organisations d'employeurs;
  • chercher à influencer le débat macroéconomique, en particulier pour ce qui est de l'orientation de la ligne d'action politique entre, d'une part, les marchés financiers internationaux et, de l'autre, les emplois et les revenus nationaux;
  • entreprendre des études de faisabilité concernant la mise en place ou l'extension de régimes d'assurance chômage;
  • chercher à accroître la couverture des régimes de sécurité sociale;
  • développer les ressources affectées à la lutte contre le travail des enfants et aux groupes vulnérables, notamment les femmes, les travailleurs migrants et ceux du secteur informel.

Le rapport affirme que «l'expertise technique du BIT doit être entièrement orientée vers l'appui aux partenaires sociaux pour l'élaboration et la mise en œuvre de politiques visant à favoriser la création d'emplois par le biais du développement de l'entreprise, à promouvoir la qualité des emplois, à s'attaquer sérieusement au secteur informel en améliorant sa productivité et ses conditions de travail et à améliorer les compétences et la capacité à trouver un emploi».

1 Réponse de l'OIT à la crise financière en Asie de l'Est et du Sud-Est. Evolution de la crise et détermination des politiques à adopter pour y parer. Conseil d'administration, 274 e session (GB.274/4/2). Bureau international du Travail, Genève, mars 1999.

Asie de l'Est:
Evolution du taux de chômage et du nombre de chômeurs, de 1996 à 1998

Taux de chômage (%)

Chômeurs supplémentaires (millions)

1996

1998

Dernières
estimations

1998

Dernières
estimations

Chine *

Corée (République de)

Hong Kong

Indonésie

Malaisie

Philippines

Thaïlande

_________

Total

3,0

2,6

2,8

4,1

2,5

7,4

1,1

5,0 - 6,0

7,6

4,8

9,0 - 12,0

6,7

13,1

4,4







15 - 20





8

3,5

1,2

0,1

4,8 - 7,6

0,4

1,7

1,7

__________

13,4 - 16,2









12 - 15





2,8

__________

20,6 - 24,7

* En milieu urbain.
Source: Estimations établies par le BIT à partir de sources nationales.

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