M me Ruth Dreifuss, Présidente de la Confédération suisse, s'adresse à la Conférence internationale du Travail

Type Press release
Date de parution 8 juin 1999
Référence BIT/99/18
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GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Lors d'une allocution prononcée devant la Conférence internationale du Travail aujourd'hui à Genève, M me Ruth Dreifuss, Présidente de la Confédération suisse, a appelé l'Organisation internationale du Travail (OIT) à retrouver son rôle de pionnier et a redéfinir son rôle dans la communauté internationale afin d'être mieux à même de relever les défis sociaux de la mondialisation.

M me Dreifuss a également saisi cette occasion pour annoncer que la Suisse déposerait prochainement les instruments de ratification de la Convention n°138 (sur l'âge minimum du travail des enfants) qui «doit rester la référence du futur», tout en appelant à une ratification et une application universelles de la nouvelle Convention sur les formes les plus abusives du travail des enfants qui devrait être adoptée au terme de la présente session de la Conférence.

S'adressant aux délégués des 174 Etats membres de l'OIT à l'occasion d'une séance spéciale de la 87 ème session de la Conférence, M me Dreifuss a rappelé que l'histoire sociale de la Suisse était étroitement liée à celle de l'OIT, ajoutant: «Que la protection de la maternité, qui a fait l'objet en 1919 d'une des premières Conventions de l'OIT, soit à nouveau à l'ordre du jour de l'actuelle session, au moment même où la Suisse espère enfin se doter d'une législation suffisante dans ce domaine, illustre bien cette interdépendance des évolutions nationale et internationale».

Un an après la création de l'OIT en 1919, son secrétariat, le Bureau international du Travail (BIT), s'est installé à Genève. «La Suisse», a souligné M me Dreifuss, «n'a cessé de s'enorgueillir de sa présence sur son sol. Cette prestigieuse institution, après le Comité international de la Croix Rouge, a allumé à Genève un phare mondial des droits de l'homme et de la justice sociale».

«Les résultats engrangés depuis 1919 ont donné à l'OIT une légitimité internationale indiscutable, pour la mise en place de conditions-cadre internationales destinées à établir des relations économiques et sociales équitables, dans les pays et entre les pays». Ces instruments, a-t-elle déclaré, «n'ont rien perdu de leur validité et continuent de contribuer à la paix».

Désormais cependant, «d'autres défis nous attendent, liés à l'internationalisation et à la libéralisation des échanges. Ces nouveaux défis renforcent en fait la pertinence de l'OIT».

Face à la crise économique et financière qui «s'est traduite par un net recul du progrès social», par des troubles sociaux, voire des conflits ethniques qui «plongent des populations entières dans la déshérence et l'abandon», l'OIT, «forte de sa tradition tripartite, de son expérience et de sa compétence à appréhender les réalités les plus quotidiennes, doit retrouver son rôle de pionnier. Elle doit développer de nouvelles idées et redéfinir son rôle dans la communauté internationale».

«Un des défis les plus importants est certainement celui de la place qu'occupera à l'avenir l'OIT au sein du réseau des organisations internationales». C'est sur plusieurs tableaux que la coopération intergouvernementale doit se développer, «avec l'Organisation mondiale du Commerce, avec les institutions de Bretton Woods, avec l'ensemble des institutions du système des Nations Unies, mais toutes soudées autour des idéaux de l'Organisation internationale du Travail, conscience sociale du monde».

Relevant la «complémentarité évidente entre les objectifs du système commercial multilatéral et ceux de l'OIT», M me Dreifuss a souligné qu'il fallait s'assurer «que la libéralisation du commerce et la justice sociale se stimulent mutuellement».

«La réalisation de cet objectif exige notamment que nous agissions de manière cohérente tant au sein de l'OMC que de l'OIT. Mais elle implique aussi l'établissement d'une coopération efficace entre ces deux organisations. Ce rapprochement devrait permettre une discussion ouverte sur les interactions du commerce et des normes du travail fondamentales».

Il s'agit cependant de «ne pas confondre la défense de la dignité humaine et le protectionnisme», a-t-elle averti. «Appliquer des mesures protectionnistes aux fins de promouvoir le respect des normes du travail serait une stratégie à contresens».

L'usage des normes du travail à des fins protectionnistes avait été clairement rejeté par l'Organisation mondiale du Commerce (OMC) lors de sa Conférence ministérielle de Singapour, en décembre 1996. Les membres de l'OMC avaient alors déclaré que c'était à l'OIT de promouvoir les normes et les principes sociaux fondamentaux. «Ces membres doivent donc donner à l'OIT les ressources juridiques et financières pour qu'elle puisse remplir ce mandat. Ce n'est que si l'OIT, avec les autres organisations de la famille onusienne, reçoit les moyens de développer les solutions de la dimension sociale de la globalisation que le compromis de Singapour répondra aux espoirs qu'il a suscité».

Evoquant la complémentarité existant également entre la Banque mondiale et l'OIT, M me Dreifuss a déclaré qu'il convenait «de mieux mettre en lumière l'interaction qui existe entre les normes et l'économie. Nous devons jeter un pont entre les économistes et les défenseurs des droits de l'homme, pour faire le lien entre l'économie et la politique sociale». Des recherches de qualité sont dans ce contexte indispensables afin de «mieux connaître les conditions sociétales, économiques et politiques dans lesquelles la croissance économique, le progrès social et l'encouragement de la démocratie et des droits de l'homme se renforcent». C'est pour cette raison que «la Suisse soutient les études et les efforts entrepris en commun par l'OIT et les organisations telles que la Banque mondiale ou l'OMC».

«Le but est d'assurer à chaque pays que le respect des droits sociaux fondamentaux est un avantage comparatif attestant du bon fonctionnement d'une économie nationale». Mais l'OIT doit également renforcer sa coopération avec l'ensemble des institutions du système des Nations Unies. L'occasion lui en sera notamment donnée lors d'une conférence de suivi du Sommet Social (Copenhague, 1995) qui se déroulera à Genève du 26 au 30 juin 2000. L'objectif de cette conférence, a déclaré M me Dreifuss, sera «d'offrir à la communauté des Etats la meilleure plate-forme possible pour lui permettre de résoudre les problèmes économiques et sociaux du prochain millénaire».

«Nous espérons que Genève 2000 mettra l'accent sur la dimension sociale de la globalisation. Pour la Suisse, les priorités de la conférence de suivi devront être le chômage et les conditions de travail équitables. Avec plus de 150 millions de chômeurs, avec le chômage des jeunes et l'exclusion sociale, le monde est confronté à une bombe à retardement qu'il convient de désamorcer».

«C'est à celles et ceux qui travaillent ici, dans cette maison, qu'incombe une grande part de la responsabilité de proposer des solutions à ces problèmes cruciaux. C'est dire qu'amener la conférence de suivi à ses portes représente à la fois une haute exigence et une chance pour l'OIT!»

Rappelant que la crise des années 1930 avait conduit le monde au bord du précipice, la Présidente de la Confédération suisse a exhorté la communauté internationale à mieux répondre aux défis qui se présentent à elle aujourd'hui. «A côté des institutions de Bretton Woods et de l'OMC, l'OIT est un des trois piliers de la culture économique internationale; grâce à ses grandes compétences, grâce à son autorité morale, elle est à même d'apporter une réponse fondée à nos questions. C'est à elle qu'il incombe de respecter la maxime inscrite sur l'ancien bâtiment de l'OIT, qui abrite maintenant le siège de l'OMC: Qui veut la paix prépare la justice», a-t-elle conclu.

La 87 ème session de la Conférence internationale du Travail se tient au Palais des Nations à Genève du 1 er au 17 juin 1999 sous la présidence de M. Alhaji Mohammad Mumuni, ministre du Travail de la République du Ghana.

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