GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Employeurs, leaders syndicaux et gouvernementaux des principaux pays producteurs et consommateurs de textiles et de vêtements doivent se réunir ici, du 24 au 26 octobre, sous les auspices du Bureau international du Travail, pour des discussions globales sur l'avenir de leur industrie après l'expiration l'an passé de l'Accord multifibres (AMF).
Pour la première fois depuis la fin de l'AMF, une rencontre au sommet réunira les chefs de file des pays qui produisent, achètent ou vendent textile et habillement afin d'examiner ce qui s'est passé depuis la sortie de ce système. Les participants discuteront de réponses stratégiques et politiques qui concernent plus de 40 millions de travailleurs dans le monde et des centaines de milliers d'entreprises du secteur textile et habillement, un secteur qui pèse 350 milliards de dollars.
"Dans le contexte de l'après-AMF, employeurs et travailleurs du secteur textile subissent une énorme pression pour produire le bon produit, au bon prix, au bon moment et dans de bonnes conditions", a déclaré Juan Somavia, Directeur général du BIT. "Cette réunion abordera les divers éléments qui contribuent à façonner les nouvelles réponses stratégiques et politiques à travers l'ensemble de la chaîne de production."
Une nouvelle étude, préparée par le BIT pour la réunion, rappelle que la levée des quotas pour le textile et l'habillement en janvier 2005 avait fait craindre une catastrophe pour la main-d'œuvre et le commerce de nombreux pays en développement, mais elle indique que les résultats sont contrastés. Le rapport Promouvoir une mondialisation juste dans le secteur des textiles et de l'habillement dans un environnement "post-AMF" ( Note 1) présente un aperçu global et actualisé des questions de main-d'œuvre dans l'industrie textile; il est disponible en ligne.
Vainqueurs et perdants
Le rapport fournit une analyse de la situation actuelle du commerce et de l'emploi dans le secteur du textile et de l'habillement (TH) et confirme certaines prévisions. Cependant, le panorama global est plus complexe que ce qui était attendu.
Comme prévu, la Chine et l'Inde apparaissent à première vue comme les grands vainqueurs de la fin de l'AMF, les exportations chinoises de textile augmentant de 18,4 pour cent au cours des quatre premiers mois de l'année et celles de l'Inde de 28 pour cent pour les trois premiers mois. Cependant, une étude plus approfondie indique que le taux de croissance des exportations chinoises ralentit de mois en mois alors que l'Inde enregistre un recul de 24 pour cent de ses exportations de prêt-à-porter.
Pendant ce temps, un certain nombre de pays asiatiques souvent cités comme de possibles perdants du nouveau système semblent ne pas s'en être trop mal sortis dans les mois qui ont suivi la fin de l'AMF. Au Bangladesh, les exportations de prêt-à-porter ont chuté à 52 millions de dollars en janvier 2005, mais elles ont fortement repris en février pour atteindre 157 millions de dollars et ont encore légèrement augmenté en mars. Au Pakistan, les exportations de textiles et de vêtements ont atteint un niveau record au cours des premiers mois de 2005 avec une croissance mensuelle moyenne de 22,1 pour cent comparée à la même période de 2004.
Alors que de nombreux pays d'Asie réussissent bien ou se maintiennent dans le post-AMF, les producteurs et les travailleurs du secteur textile et habillement en Europe, en Amérique et en Afrique apparaissent comme les grands perdants.
Comme l'avaient anticipé la plupart des scénarios post-quotas, l'emploi dans l'industrie textile et l'habillement aux Etats-Unis et dans l'Union européenne a chuté fin 2004 et début 2005. Il a reculé de 6,5 pour cent entre mai 2004 et mai 2005 aux Etats-Unis et de 5 pour cent entre février 2004 et février 2005 dans les 25 pays membres de l'Union européenne.
Au cours du premier trimestre 2005, les exportations de textile et d'habillement vers les Etats-Unis dans le cadre de la "Loi sur la croissance et les opportunités économiques en Afrique" ont chuté de 25 pour cent comparés à la même période de 2004. Sur les 39 000 emplois qu'offrait le secteur du textile et de l'habillement au Kenya, 6 000 ont disparu depuis octobre 2004, et la moitié des emplois du secteur sont menacés. Au Lesotho, l'une des économies les plus pauvres du monde, 6 650 travailleurs du textile sur 56 000 ont perdu leur emploi, et 10 000 autres ont été affectés à des travaux précaires au début de l'année.
En raison de la concurrence asiatique, la plupart des producteurs latino-américains de textiles et de vêtements ont récemment perdu des parts de marché. L'étude cite le Mexique qui n'a pas réussi à se battre efficacement et a perdu une grande part des revenus que générait autrefois son industrie textile.
La réunion tripartite du BIT examinera également des approches innovantes adoptées dans un certain nombre de pays et d'entreprises de textile et de l'habillement dans leur recherche d'une meilleure compétitivité. Leurs expériences fourniront un matériel utile pour l'élaboration d'une stratégie globale de promotion d'une mondialisation plus juste dans ce secteur.
Le rapport cite le Cambodge où le projet " Better Factories Cambodia" du BIT a aidé l'industrie du vêtement à faire face à l'expiration de l'AMF; il fait également référence aux programmes de l'OIT pour un travail décent au Maroc, aux Philippines et en Roumanie dont le but est d'améliorer la compétitivité de l'industrie du textile et de l'habillement en promouvant le travail décent.
A l'intérieur de l'Union européenne, un Comité de dialogue social pour le textile et l'habillement créé en 1999 a permis aux partenaires sociaux et en particulier aux syndicats d'influer sur le processus de restructuration.
Le rapport nous met en garde: "Un échec dans la gestion de cette période de transition saperait la confiance dans l'agenda du développement par le commerce; il mettrait à mal la réputation du monde du textile et sa capacité à surmonter les défis socioéconomiques de la mondialisation; il causerait des dommages aux travailleurs et aux économies concernées."
Agenda de la réunion tripartite
Les participants vont discuter de stratégies intégrées pour faire face à la nouvelle situation dans l'industrie du textile et de l'habillement d'une manière socialement responsable. Parmi les sujets de discussion retenus se trouvent:
- les effets économiques et sociaux potentiels, tant bénéfiques que néfastes, des changements intervenus depuis la sortie de l'AMF;
- l'adéquation économique et sociale des mesures et des politiques prises durant la période de l'Accord sur les textiles et les vêtements (ATV) pour limiter l'impact d'une compétition accrue et améliorer la compétitivité de l'industrie du textile et de l'habillement (TH);
- une évaluation des dix premiers mois de commerce ouvert dans le TH et les leçons qui peuvent en être tirées;
- quelles politiques nationales devraient être élaborées et mises en œuvre par les gouvernements des pays importateurs et exportateurs pour développer une stratégie intégrée, socialement responsable, pour relever les défis de la libéralisation du commerce du TH;
- les fabricants doivent-ils adapter leurs stratégies pour faire face plus efficacement à une compétition internationale accrue et mieux promouvoir le travail décent;
- comment les acheteurs internationaux peuvent-ils contribuer à promouvoir une juste mondialisation dans le TH;
- et comment l'optimisation du dialogue social améliore-t-elle la cohésion politique et sociale.
Note 1 - Promouvoir une mondialisation juste dans le secteur des textiles et de l'habillement dans un environnement "post-AMF". Rapport soumis aux fins de discussion à la Réunion tripartite pour promouvoir une mondialisation juste dans le secteur des textiles et de l'habillement dans un environnement "post-AMF", Bureau international du Travail, Genève, 2005. ISBN92-2-217495-X (Print). ISBN 92-2-217496-8 (Web pdf).