Etendre la santé et la sécurité au travail à l’économie informelle - Article pour le XVIIIe Congrès mondial sur la santé et la sécurité au travail

Plus d’un milliard de personnes, soit plus de 60 pour cent de la main-d’œuvre d’Asie, travaillent encore dans l’économie informelle, avec peu ou pas de protection sociale. L’expérience montre que les travailleurs ou les petits entrepreneurs de l’économie informelle sont généralement motivés et prennent des initiatives pour améliorer leurs conditions de santé et de sécurité, mais pour ce faire, ils ont besoin d’un appui pratique. BIT en ligne s’est entretenu avec Tsuyoshi Kawakami, expert des questions de santé et de sécurité au travail au bureau de l’OIT à Bangkok.

Type Article
Date de parution 23 juin 2008
Unité responsable Communication et information au public
Sujet sécurité et santé au travail
Autres langues English • Español

BIT en ligne: Quelles sont les conditions de santé et de sécurité dont bénéficient les travailleurs de l’économie informelle en Asie?

Tsuyoshi Kawakami: En Asie, l’économie informelle est présente dans tous les secteurs d’activité – agriculture, industrie et services. Ils ont tous besoin des mesures de soutien pratiques pour traiter les problèmes de santé et de sécurité auxquels ils sont confrontés. Les employés et les travailleurs indépendants dans ce secteur travaillent souvent dans de bien piètres conditions, exposés à différents dangers sur leur lieu de travail sans bénéficier de la formation ni de l’information adéquates en matière de santé et sécurité. Quant à la législation du travail, elle ne couvre pas l’économie informelle.

BIT en ligne: Quelles sont les priorités immédiates des programmes de santé et de sécurité au travail (SST)?

Tsuyoshi Kawakami: Nous avons besoin de mesures qui soient pratiques, faciles à appliquer et qui fonctionnent au niveau local. Pour ne vous citer qu’un exemple: des approches à moindre coût fondées sur de bonnes pratiques ont surmonté les barrières financières dans les petits lieux de travail en Asie; elles ont aussi permis la participation active de nombreux travailleurs et se sont traduites par des progrès concrets. Nous avons remarqué que les choses qui semblent évidentes nous aidaient réellement à donner le coup d’envoi à nos programmes: je pense à des outils de formation pratiques tels que des listes illustrées et des photos témoignant de bonnes pratiques de SST.

BIT en ligne: Pouvez-vous nous donner des exemples de programmes qui rencontrent le succès?

Tsuyoshi Kawakami : Au Cambodge, quatre cours de formation de formateurs ont été organisés dans quatre villes différentes pour couvrir toutes les régions. Ces réseaux participatifs de formation SST se sont développés de façon constante à travers tout le pays. Cette expansion a été rendue possible par l’orientation pratique des programmes de formation qui dotent les travailleurs de solutions peu coûteuses pour résoudre leurs problèmes de SST. En avril 2008, plus de 3 000 travailleurs de l’économie informelle ont été formés grâce à des réseaux participatifs de formateurs.

Ces approches de formation participatives feront partie du premier Plan cadre de santé et de sécurité au travail (2008-2012) qui sera lancé cette année au Cambodge. Les expériences et les résultats positifs ont été largement partagés avec d’autres pays de l’ASEAN et rendus publics dans des conférences et des revues internationales sur la SST.

BIT en ligne: Comment peut-on atteindre les employés et les travailleurs indépendants de l’économie informelle?

Tsuyoshi Kawakami: Les lieux de travail et les communautés locales sont autant de réseaux pour les atteindre. Les propriétaires de petites entreprises locales forment fréquemment des associations pour échanger des idées et des informations afin de moderniser leurs entreprises. Les dirigeants et les membres des syndicats locaux ont souvent un accès privilégié aux couches populaires et savent comment aider les lieux de travail de l’économie informelle à améliorer leurs conditions de travail. Les travailleurs indépendants disposent souvent de leur propre système de coopération pour améliorer leurs environnements de travail.

BIT en ligne: Vous soulignez l’importance d’une approche locale de la SST dans l’économie informelle…

Tsuyoshi Kawakami: Les équipes d’intervention locale sont une bonne option, parce qu’elles disposent des réseaux sur place constitués notamment de représentants gouvernementaux, d’inspecteurs du travail, de personnel médical, d’associations commerciales, de syndicats, de leaders communautaires et des ONG locales. Elles peuvent mener des évaluations rapides des groupes cibles dans une région donnée. Cela se fait au moyen de visites sur les lieux de travail en utilisant les listes de contrôle adaptées à l’action SST et d’interviews directes des travailleurs et des employeurs.

La prochaine étape sera de concevoir des programmes de formation participatifs adaptés aux besoins spécifiques des publics visés. Le Centre de formation de l’OIT à Turin nous aide à organiser des activités à tous les niveaux. Evidemment, l’appui d’une politique nationale est aussi la clé du succès des programmes de SST dans l’économie informelle. La convention no 187 sur le cadre promotionnel pour la santé et la sécurité au travail, 2006, offre un bon guide pour mettre en place des cadres propices aux politiques nationales de SST afin d’améliorer la santé et la sécurité au travail dans l’économie informelle.

BIT en ligne: Qu’attendez-vous du Congrès mondial qui se tient en en République de Corée de cette année?

Tsuyoshi Kawakami: Le Congrès mondial sur la santé et la sécurité au travail est un forum idéal pour partager le savoir et les expériences en matière de lieux de travail sûrs, sains et productifs et pour avoir accès à tous les travailleurs, y compris ceux de l’économie informelle. Il va contribuer à promouvoir de hauts niveaux de santé et de sécurité au travail en garantissant que la priorité soit donnée à la santé et à la sécurité au travail dans les agendas nationaux et en élaborant et préservant une culture de prévention nationale en matière de santé et de sécurité. Nous n’y parviendrons que si nous reconnaissons que la SST relève de la responsabilité de la société dans son ensemble et que tous les membres de la société, en particulier les gouvernements, les employeurs et les travailleurs, doivent se mobiliser pour atteindre ce but.

Le XVIIIe Congrès mondial sur la santé et la sécurité au travail, à Séoul, en République de Corée, du 29 juin au 2 juillet 2008, est le plus grand événement mondial sur la santé et la sécurité au travail. Le Congrès a pour but de contribuer à améliorer la santé et la prévention des accidents et maladies sur le lieu de travail à travers l’échange d’informations et de bonnes pratiques; il réunira plus de 4 000 responsables politiques, cadres supérieurs, professionnels de santé et de sécurité, représentants syndicaux et patronaux et experts en sécurité sociale. Le Congrès triennal est organisé conjointement par l’Organisation internationale du Travail (OIT) et l’Association internationale de la sécurité sociale (AISS). Le XVIIIe Congrès mondial est accueilli par l’Agence coréenne pour la santé et la sécurité au travail (KOSHA).

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